LA CHAISE DE CLÉ-AUX-PATTES

 



https://miletune2.com/2026/10/31/sujet-206-du-31-octobre-au-7-novembre/



Parfois
 une simple photographie suffit à réveiller tout un pan de notre mémoire.

Pour ce sujet n° 206 proposé par Lilou
était accompagnée d'un mot facultatif :
Dessin

En contemplant cette scène
un autre dessin est apparu devant mes yeux.
Non celui gravé dans la pierre ou tracé par les rayures du chat
mais celui des souvenirs laissés dans mon cœur par Clé-Aux-Pattes
ma fidèle compagne à moustaches durant vingt années.

Cette photographie lui a ouvert la porte de ma mémoire.












Lorsque j'ai découvert l'image proposée pour ce défi
Mon regard s'est d'abord arrêté sur le contraste.

Un petit chat tigré était installé entre les pattes d'un imposant lion de pierre. 
Le félin paraissait minuscule à côté de cette statue massive dont le regard figé semblait traverser les années. 
Pourtant ce n'était pas le lion que je voyais.
C'était le chat.
Et presque aussitôt un souvenir est remonté à la surface.
Je n'ai plus vu ce chat inconnu.

J'ai vu Clé-Aux-Pattes.

Elle lui ressemblait tellement que j'ai eu l'impression de la retrouver après toutes ces années. 
Les mêmes couleurs
Le même port de tête
La même façon d'occuper l'espace comme si tout lui appartenait de droit.

Clé-Aux-Pattes a partagé vingt années de ma vie.
Durant ces longues années où je vivais seule
Elle fut la présence fidèle qui peuplait mes silences et donnait une âme à mon foyer.

Lorsque j'arrivais dans un nouveau logement
Elle était là. 
Lorsque j'en repartais
Elle était là aussi. 
Elle a traversé les déménagements
Les joies
Les peines
Les changements
Les longues soirées d'Hiver et les vagues d'Été caniculaire. 
Au fil du temps elle est devenue bien davantage qu'un animal de compagnie.

Elle était ma présence familière.
Mon point de repère.
Ma petite colocataire à quatre pattes.
J'avais parfois l'impression qu'elle dirigeait la maison.

Clé-Aux-Pattes possédait un caractère bien affirmé. 
Elle savait ce qu'elle voulait et trouvait toujours le moyen de l'obtenir. 
Je pourrais même dire qu'elle était dominatrice.
Pourtant je dois reconnaître qu'elle avait souvent le dernier mot parce que ses petites manies me faisaient sourire.

Parmi tous mes souvenirs il en est un qui me revient avec une tendresse particulière.
À table elle avait sa chaise.
Pas un coussin dans un coin.
Pas une place au sol.
Une véritable chaise.
Sa chaise.

Lorsque je prenais mon repas elle venait s'installer à sa place et mangeait en même temps que moi. 
Nous formions un duo insolite qui aurait sans doute amusé les visiteurs. 
Pour nous c'était devenu une habitude si naturelle que nous n'y prêtions plus attention.

Je mangeais.
Elle mangeait.
Et nous partagions ce moment comme deux vieilles compagnes de route.

Le soir venu elle me retrouvait encore.
La nuit elle dormait près de moi. 
J'entendais parfois sa respiration paisible avant de m'endormir. 
C'était devenu une musique familière
Discrète 
Rassurante.

Puis venait le lendemain.
Lorsque je quittais la maison je savais qu'elle poursuivrait ses mystérieuses occupations de chatte européenne. 
Elle inspecterait son territoire
Surveillerait les fenêtres 
Vérifierait que tout demeurait sous contrôle.

Mais je savais aussi qu'à mon retour elle serait là.
Derrière la porte.
Toujours derrière la porte.
C'était presque un rituel.

Avant même d'entrer je pouvais l'imaginer en train d'attendre. 
Puis la serrure tournait 
La porte s'ouvrait 
Et j'apercevais sa silhouette. 
Je n'étais jamais accueillie par le vide.
J'étais attendue.

Ce sont ces petits détails qui construisent une vie.
Pas les grands événements.
Pas les dates que l'on note sur un calendrier.
Les habitudes.
La chaise.
La porte.
Le lit partagé.
Les regards silencieux.
Toutes ces choses modestes qui finissent par occuper une place immense dans une existence.

Le temps a poursuivi sa route.

Puis la maladie est arrivée.

Un jour il a fallu accepter l'inacceptable et confier à un vétérinaire la mission de l'aider à partir afin qu'elle ne souffre plus davantage.
Je croyais alors que tout allait peu à peu s'effacer.
Je me trompais
Car les années ont continué à passer mais certains souvenirs sont restés intacts.

Aujourd'hui encore lorsque j'aperçois un chat qui lui ressemble
Mon cœur reconnaît quelque chose avant même que mon esprit ne comprenne.

C'est exactement ce qui s'est produit devant cette photographie.
Le lion de pierre m'a fait penser au temps.
Immobile.
Silencieux.
Gardien de tant d'années écoulées.
Et le petit chat blotti entre ses pattes m'a rappelé Clé-Aux-Pattes.

Comme si elle était venue se glisser là pour me faire un signe.
Comme si la mémoire avait décidé de tracer devant moi le dessin discret de vingt années de complicité.
Un dessin que ni le temps ni l'absence n'ont réussi à effacer.

Alors je regarde encore cette image.
Je contemple le lion de pierre et le petit chat installé sous sa protection.
Et je souris.
Parce qu'au fond je n'y vois plus une statue ni un félin inconnu.
J'y retrouve une amie à moustaches qui avait sa chaise à ma table
Sa place dans mon lit 
Son poste d'observation derrière la porte.

Une chatte de caractère qui partagea vingt années de ma vie et qui
Aujourd'hui encore
Continue de vivre dans le plus précieux des refuges :
Le dessin de ma mémoire.









https://mariesylvie.blogspot.com/

Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, oui, ce sont bien les petits moments qui marquent encore plus nos vies, j'ai eu des chats moi aussi, qui ont tenu bon 20 et 17 ans, j'y pense encore tous les jours, le coeur n'oublie jamais... merci, amitiés, jill

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  2. Une belle ode à ton compagnon Clé-aux-Pattes !
    J'aime beaucoup l'image de cet énorme lion de pierre avec entre ses pattes ce tout petit félin tigré, ce petit chat a-t-il reconnu un des siens ?
    Bonne journée
    Amitiés

    RépondreSupprimer

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