NÉE DE L'OMBRE
NÉE DE L'OMBRE Il y a des vérités qui ne se déposent dans la bouche qu’après des années de silence . Des vérités lourdes Denses Qui ont attendu que la peau cesse de trembler pour enfin se dire. La mienne je l’ai longtemps tenue à distance Comme un objet brûlant : j’ai détesté ma mère. Je l’ai détestée pour l’inceste Pour cette intrusion qui n’est pas seulement un acte Mais une fracture. Une cassure intime qui déforme l’enfance Qui vole les repères Qui transforme le corps en territoire violé. L’inceste n’est pas un souvenir : C’est une empreinte. Une marque qui s’incruste dans les gestes Dans les nuits Dans les silences. Une brûlure qui ne disparaît pas Même lorsque la peau semble guérie. Je l’ai détestée pour sa perversité Pour cette manière de tordre les liens De manipuler les émotions De se nourrir de ce qui aurait dû être un amour maternel. Elle ne donnait rien : Elle p...