LA FEMME QUI RECONNAISSAIT LE MONDE PAR LES OMBRES
LA FEMME QUI RECONNAISSAIT LE MONDE PAR LES OMBRES Éléonore avait toujours aimé les débuts de journée. Avant même que le café ne chauffe elle ouvrait les volets pour laisser entrer la lumière pâle qui glissait sur les murs comme une caresse hésitante. Pourtant depuis quelques mois ce rituel avait pris une importance nouvelle presque vitale car c’était à cette heure-là que les ombres étaient les plus fidèles. Elle ne savait pas exactement lorsque tout avait commencé. Peut-être un matin d’Hiver alors qu’elle avait confondu la théière avec le pot de sucre. Ou ce jour où elle avait posé la main sur le dos du chat… qui s’était révélé être un coussin en laine. Elle avait d’abord ri de ces maladresses puis s’en était inquiétée. Jamais elle n’aurait imaginé que son cerveau ce compagnon silencieux avait décidé de réorganiser le monde sans la prévenir. Les objets avaient perdu leur évidence. Ils étaient là ...