TU ES DE MA FAMILLE

 




Chaque Dimanche
 j’ouvre ici un petit répertoire intime : 
Celui des musiques qui m’ont frôlé les oreilles
redressé les poils sur les bras
arrêté mes pas dans la rue 
ou traversé mon cœur comme un frisson inattendu.  

Des chansons
des thèmes de films
violon
 ou de piano 
toutes ces notes qui un jour ont glissé en moi comme une émotion claire
une douceur
une secousse
un souvenir.  

Cette chronique dominicale devient ainsi le lieu où je dépose ces instants sonores
ces vibrations minuscules
 ces musiques qui ne m’ont pas seulement plu :
Elles m’ont touchée.











À cette époque je vivais entre deux mondes :
Celui des études de médecine où je rêvais de devenir vétérinaire
Et celui de l’hôtellerie où je travaillais en extra pour financer ce rêve.  
Les journées étaient longues
Les nuits courtes
Et je me glissais dans les uniformes comme on se glisse dans une vie provisoire.

Le restaurant Le Concorde à Le Mans n’embauchait que des hommes.  
C’était une règle tacite
Un vieux réflexe du métier.  
Mais ce soir-là un abandon de poste a ouvert une brèche.  
Une urgence
Un manque
Un vide à combler.  
Et dans ce vide j’ai eu ma chance.

Je me souviens de la lumière chaude des appliques
Du bruit feutré des couverts
De l’odeur de viande grillée qui flottait dans l’air.  
Je me souviens aussi de la tension discrète qui parcourait l’équipe :  
Jean‑Jacques Goldman devait dîner là avant son concert à La Rotonde.

Je n’étais qu’une jeune serveuse en extra
Un peu intimidée
Un peu fière
Un peu tremblante.  
Je faisais mon service avec cette précision que l’on adopte lorsqu'on veut prouver que l’on mérite d’être là.  
Jean-Jacques Goldman était discret
Presque effacé
Un homme qui semblait s’excuser d’exister dans un lieu trop bruyant pour lui.

Puis quelques minutes avant de partir quelqu’un est venu me chercher.  
《  Il vous demande. 》
Je n’ai pas compris.  
Je n’ai pas osé imaginer.

Je l’ai trouvé debout
Sa guitare déjà sortie de son étui comme si la musique était pour lui une manière de respirer.  
Il m’a regardée avec cette douceur timide qu’on lui connaît.  
Sans préambule
Sans discours
Sans mise en scène
Et il a commencé à jouer.

Les premières notes de " Tu es de ma famille" ont glissé dans la pièce comme une confidence.
Une chanson peu connue
Presque secrète
Qu’il m’offrait comme un cadeau inattendu.  
Sa voix était basse
Posée
Presque chuchotée.  
Il ne chantait pas pour le public
Ni pour la salle
Ni pour la gloire.  
Il chantait pour moi.  
Pour cette jeune femme qui travaillait en extra
Qui courait entre les tables
Qui rêvait d’animaux et de médecine
Qui ne s’attendait à rien d’autre qu’à finir son service.

Je me souviens d’avoir senti un frisson me traverser
Un de ceux qui ne préviennent pas.  
La chanson m’a enveloppée comme une main posée sur l’épaule.  
Une délicatesse pure presque irréelle.

Lorsqu'il a rangé sa guitare il m’a glissé un billet de 500 francs dans la main.  
Un pourboire insensé 
Presque déraisonnable.  
J’étais heureuse bien sûr 
L’argent comptait
Il comptait beaucoup.  
Mais ce n’était pas cela qui m’a bouleversée.

Ce qui m’a bouleversée c’est le geste.  
Le temps qu’il avait pris.  
La chanson qu’il avait choisie.  
La manière dont il avait suspendu le monde pour m’offrir un moment que je n’oublierai jamais.

Ce soir-là j’ai compris que certaines rencontres ne sont pas des hasards.  
Ce sont des fragments de lumière déposés sur notre chemin pour nous rappeler que la vie parfois sait être tendre.










https://mariesylvie.blogspot.com/

Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, en effet je la découvre moi-même, quand il a fait connaître moult autres chansons... merci, amitiés, jill

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour Marie-Sylvie,
    Je ne connais pas très bien ce chanteur, mais je trouve son geste, chansons et billet, très bien, il faut que je me renseigne sur lui.
    Bon dimanche
    Amitiés

    RépondreSupprimer
  3. je découvre cette chanson toute simple empreinte de pudeur..
    voilà un beau souvenir

    FA



    RépondreSupprimer
  4. Quelle belle rencontre Marie Sylvie et pour sceller ce moment, une magnifique chanson.
    Bises et et bon dimanche. Zaza

    RépondreSupprimer
  5. Belle rencontre !
    Je pense que les rencontres ne sont pas des hasards.
    Superbe chanson que je ne connaissais pas trop
    Bon dimanche ma chère Marie Sylvie
    Amitiés chaleureuses
    Béa kimcat

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

BIENVENUE

PAS DE CHASSE SUR UNE TERRE EN DEUIL

AU BORD DU MONDE