LES VOLETS CLOS

 


ÉCRITURES PARTAGÉES 

https://defisetmoidanmaimistic.blogspot.com/2026/10/liste-20.html?m=1








Dans l’atelier d’Anne‑Marie
la Liste n°120 s’est ouverte comme une petite porte sur l’inattendu. 

Dix mots
dix éclats
dix souffles qui semblent vouloir se glisser entre les volets clos
là où vivent encore des ombres
 des silences
des mémoires en attente.  

Aujourd’hui ce sont eux qui guident mon récit :

- Inattendu  
- Tourmente  
- Voix  
- Défendre  
- Tension  
- Semblable  
- Autrement  
- Fortune  
- Mémoire  


Ils sont les pierres posées sur le chemin du récit 
les murmures qui viennent éclairer ces vies derrière les volets fermés
ces existences semblables 
et pourtant si singulières
que l’on devine 
mais que l'on ne voit plus.













Dans certaines rues de Le Mans il y a des maisons qui semblent retenir leur souffle.  
Les volets y restent clos du matin au soir comme si l’intérieur avait choisi de se protéger de l’imprévu
De la tourmente
De la tension du monde.  
On passe devant sans y penser
Semblable à tous ceux qui marchent différemment 
Pressés
Distraits
Persuadés que la richesse de vivre se trouve ailleurs.

Mais derrière ces volets il y a des voix.  
Des voix qui ne sortent plus.  
Des voix qui n’ont plus personne à qui transmettre leurs histoires
Leurs souvenirs
Leurs petites victoires de jadis.  
Des voix qui se défendent comme elles peuvent contre l’oubli.

Je me souviens d’une vieille dame rue de la Mission.  
Elle vivait seule dans une maison où la mémoire tenait lieu de compagnie.  
Elle disait que les volets fermés étaient sa manière de rester debout :  
《  Quand on ne voit plus le monde il ne peut plus vous faire mal. 》

Mais je savais que ce n’était pas vrai.  
Le monde continue de frapper même quand on lui tourne le dos.

Dans l’immeuble d’en face un homme vivait autrement.  
Lui ouvrait parfois un battant 
Juste assez pour laisser passer un filet de lumière.  
On apercevait une silhouette immobile comme si la vie s’était arrêtée dans un geste inachevé.  
Il avait perdu sa femme
Sa fortune
Ses repères.  
Il disait que la lumière lui faisait peur parce qu’elle révélait trop de choses qu’il ne voulait plus voir.

Et puis il y a ceux dont on ne sait rien.  
Ceux qui ne parlent pas
Qui ne sortent pas
Qui ne demandent rien.  
Des ombres derrière des murs.  
Des présences qui s’effacent lentement
Sans bruit
Sans témoin.  
Leur solitude est une pièce sans fenêtre
Une mémoire qui se dissout comme une encre trop ancienne.

Les volets clos ne sont pas seulement du bois.  
Ce sont des frontières.  
Des frontières entre le monde et ceux qui n’y trouvent plus leur place.  
Des frontières entre ce qui fut et ce qui ne sera plus.  
Des frontières que personne ne vient franchir.

Et pourtant parfois un geste inattendu suffit.  
Un mot glissé dans une boîte aux lettres.  
Un sourire échangé à travers une fente de lumière.  
Une main posée sur un seuil.  
Alors les volets tremblent
Hésitent
S’ouvrent un peu.  
La tourmente recule.  
La voix revient.  
La mémoire respire.

Il faudrait apprendre à regarder ces maisons d'une autre façon.  
À comprendre que derrière chaque volet clos il y a une vie qui attend qu’on la défende.  
Une vie qui ne demande pas grand-chose : 
Juste un signe
Juste une présence
Juste un peu de lumière.

Parce qu’aucune solitude ne devrait être condamnée à rester dans l’ombre.









https://mariesylvie.blogspot.com/

Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, il y a autour de nous de ces volets, dont on ne se soucie que peu, chacun vaquant à ses occupations, il y a de solitudes, voire des drames.... comme la mort depuis x temps et qu'on découvre, un jour, trop tard........... Merci, amitiés jill

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

BIENVENUE

PAS DE CHASSE SUR UNE TERRE EN DEUIL

AU BORD DU MONDE