JEUX INTERDITS
Chaque Dimanche
j’ouvre ici un petit répertoire intime :
Celui des musiques qui m’ont frôlé les oreilles
redressé les poils sur les bras
arrêté mes pas dans la rue ou traversé mon cœur comme un frisson inattendu.
Des chansons
des thèmes de films
violon
ou de piano
toutes ces notes qui un jour ont glissé en moi comme une émotion claire
une douceur
une secousse
un souvenir.
Cette chronique dominicale devient ainsi le lieu où je dépose ces instants sonores
ces vibrations minuscules
ces musiques qui ne m’ont pas seulement plu :
Elles m’ont touchée.
Il arrive que la ville se tienne dans une sorte de demi‑silence.
Les façades respirent lentement
Les passants glissent comme des ombres distraites
Et l’air lui‑même semble hésiter entre le repos et l’attente.
Ce jour-là je marchais dans cette suspension
Sans destination précise
Simplement portée par le mouvement de mes pas.
C’est alors qu’une guitare a surgi.
Pas un éclat
Pas une fanfare :
Une présence.
Une musique si fine qu’elle semblait d’abord n’être qu’un souffle
Un fil de lumière posé sur le trottoir.
Je me suis arrêtée avant même de comprendre pourquoi.
Le guitariste était assis sur un tabouret bancal
Le dos légèrement voûté comme s’il protégeait quelque chose de fragile entre ses bras.
Ses doigts effleuraient les cordes avec une lenteur presque cérémonielle.
La mélodie avançait par petites vagues
Chacune plus douce que la précédente comme si elle cherchait à ne pas déranger le monde.
Je ne connaissais pas ce film de René Clément
Je ne savais rien de l’histoire
Ni des images qui avaient un jour accompagné cette musique.
Mais la musique elle me reconnaissait.
Elle venait vers moi comme une vieille amie qui n’a pas besoin de mots pour dire :
《 Je suis là. 》
Les notes descendaient une à une
Avec cette innocence grave qui appartient aux choses très anciennes.
Elles semblaient flotter entre les immeubles
Se poser sur les épaules des passants
Glisser dans les interstices du jour.
La ville soudain devenait plus lente.
Plus tendre.
Comme si la guitare avait tiré un rideau invisible entre le bruit et moi.
Je suis restée immobile au milieu du trottoir dans cette parenthèse offerte.
La musique ne racontait pas une histoire :
Elle en ouvrait une.
Elle ne consolait pas :
Elle apaisait.
Elle ne cherchait pas à émouvoir :
Elle respirait.
Plus tard j’ai appris que cette pièce s’appelait Jeux Interdits
Qu’elle portait en elle une tristesse ancienne
Une enfance blessée.
Mais ce Dimanche-là elle n’a pas évoqué la douleur.
Elle a simplement déposé en moi une douceur que je ne savais plus nommer.
Une douceur qui ne demande rien
Qui ne s’explique pas
Qui ne s’attrape pas :
Elle passe
Elle traverse
Elle reste.
Depuis chaque fois que je l’entends je revois ce guitariste inconnu.
Je revois ses doigts qui glissent sur les cordes comme on glisse sur un souvenir.
Et je me dis que certaines musiques ne sont pas faites pour accompagner un film :
Elles sont faites pour accompagner une vie.
https://mariesylvie.blogspot.com/


Bonjour Marie-Sylvie, sans budget hollywoodien, ce film est l'un de mes préférés, et sa guitare l'accompagne fort bien... et les deux gamins de l'époque sont géniaux, merci pour ce souvenir, amitiés, jill
RépondreSupprimeron a devant un morceau de musique souvent quand il est beau des ressentis inexplicables, je connais ce type de réactions.
RépondreSupprimerFA
Une musique et un film sortis l'année de ma naissance, Marie Sylvie.
RépondreSupprimerCette musique, j'en jouais les premiers accords sur ma guitare sèche. J'aurais voulu faire aussi bien que Narciso Yepes, mais c'était difficile. 🤣
De magnifiques souvenirs pour moi aussi.
Bises et bon dimanche – Zaza
C'est un film inoubliable et la musique joué par Narcisso yepes est d'une grande beauté, tu me donnes envies de revoir ce film.
RépondreSupprimerBon dimanche de la Toussaint