BLEU PROFOND SOIRS SANS FOND
MIL ET UNE ENCORE ...
https://miletune2.com/2026/10/24/sujet-206-du-24-octobre-au-31-octobre/
SUJET # 206
Pour ce sujet #206
Lilou propose de s’inspirer du tableau de Christian Zeimert
L’artiste sur le dé Klein - 2006
sans doute son autoportrait où le peintre apparaît assis sur un grand dé bleu
entouré de couleurs renversées.
Cette posture en équilibre
entre humour et mélancolie
ouvre un espace de réflexion sur nos propres instabilités.
Le mot facultatif
ajoute une nuance fragile :
Sourire offert
retenu
mal reçu
ou simplement impossible.
Entre ce bleu profond et ce sourire suspendu
ma participation s’inscrit comme un témoignage venu de mes années derrière un comptoir
où les soirs sans fond avaient parfois la même teinte que ce tableau.
L'Artiste sur le dé Klein ( 2006) -
Christian ZEIMERT (1934-2020)
BLEU PROFOND SOIRS SANS FOND
Il y a des années
Lorsque je travaillais en extra comme serveuse
J’ai appris que le sourire n’était pas un geste gratuit.
Certains clients l’attrapaient sans effort :
Un mot gentil
Une plaisanterie légère
Un regard qui ne cherchait rien d’autre que la simple humanité.
Avec eux le sourire venait tout seul comme une respiration.
Et puis il y avait les autres.
Ceux qui s’asseyaient au bar comme cet homme sur son dé bleu :
Un peu trop lourd
Un peu trop las
Un peu trop rempli de ce qu’ils ne disaient pas.
Parfois joyeux
Parfois songeurs
Parfois colériques
Parfois tout ça dans la même soirée.
Ils arrivaient avec leurs verres comme on arrive avec ses bagages
Et ils les posaient devant moi en espérant que l’alcool ferait le tri à leur place.
Je les observais
Perchés sur leur tabouret comme sur un socle branlant.
Certains parlaient trop fort
D’autres pas du tout.
Certains cherchaient à se faire remarquer
D’autres à disparaître.
Et moi derrière mon comptoir je naviguais entre leurs tempêtes
Leurs silences
Leurs éclats.
Le sourire avec eux devenait une épreuve.
Pas parce que je ne voulais pas le donner
Mais parce qu’ils ne savaient pas le recevoir.
Ils le prenaient parfois comme une invitation
Parfois comme une provocation
Parfois comme une faiblesse.
Alors je le retenais
Je le rangeais
Je le protégeais.
Et souvent je n’avais qu’une seule envie :
Qu’ils vident leur verre et qu’ils partent.
Qu’ils me laissent respirer
Qu’ils me laissent redevenir moi
Qu’ils me laissent retrouver ce sourire qui n’appartient qu’à moi.
Aujourd’hui en regardant ce peintre
Christian Zeimer
Assis sur son "dé Klein"
Je revois ces silhouettes du bar.
Le bleu profond me rappelle leurs soirs sans fond.
Les tubes de peinture éparpillés ressemblent à leurs émotions renversées.
Et ce visage fermé
Presque figé
Me renvoie à tous ces hommes qui ne savaient plus très bien où poser leur vie.
Peut-être que le sourire
Finalement
N’est pas une option.
Peut-être qu’il est juste fragile.
Et qu’il faut savoir à qui on le confie.
https://mariesylvie.blogspot.com/



Bonjour Marie-Sylvie, ces lieux, bars, on y voit toute sorte de clientèle, les charmants et les autres, les paumés de la vie, qui en manquent, de ces sourires... bravo pour ce défi, amitiés jill
RépondreSupprimerUne approche originaire du sujet,qui parle de ces hommes qui vident leur verre dans une ambiance morose, voire glauque.
RépondreSupprimerFA
Le bar, c'est un endroit où je n'aurai pas aimé travailler... et avoir à m'occuper de ces clients, ronchons, colériques, etc... mais la vie n'est pas toujours facile et il faut parfois avaler des couleuvres en grand nombres.
RépondreSupprimerMais ton défi est parfaitement réussi.
Bonne journée
Amitiés