SINGULIÈRE NAISSANCE

 



https://atelierjeuxecriturenanou.blogspot.com/2026/09/homonyme-n17.html?m=1


HOMONYME  # 17




Pour le défi d’écriture n°17
 Nanou propose de créer un texte intégrant les homonymes suivant :

Ceint - Sain - Saint - Seing - Sein

et/ou de s’inspirer du mot 


J’ai choisi de répondre à ce défi en tissant un récit biographique où chacun de ces mots trouve sa place
 en éclairant une histoire personnelle marquée par la douleur
le mystère 
et une naissance hors du commun.  

Voici donc mon écrit
 où ces homonymes deviennent des clés pour comprendre une origine singulière.












Je suis née dans une histoire qui n’avait rien de sain
Rien de tendre
Rien de rassurant.  
Ma mère était une femme dont la méchanceté semblait ceint autour d’elle comme une ceinture de fer serrée au point d’étouffer tout ce qui approchait.  
Elle ne parlait pas : Elle tranchait.  
Elle ne guidait pas : Elle imposait.  
Elle ne protégeait pas : Elle blessait.  
Et moi petite je grandissais dans cette atmosphère lourde comme si l’air lui-même avait appris à se méfier.

Ma première déprime je m’en souviens comme d’un vertige.  
Elle n’est pas venue d’un événement 
Ni d’un mot 
Ni d’une dispute.  
Elle est venue d’une pensée : Je suis sortie de son sein.  
De ce ventre qui n’avait jamais été un refuge mais une frontière hostile.  
Un lieu où je n’avais pas été désirée
Pas accueillie
Pas célébrée.  
Un lieu où ma vie avait commencé malgré elle
Malgré tout.

Quant à mon père j'ai compris très tôt qu'il ne pouvait pas être mon père. 
Son traumatisme venait de la guerre d'Algérie
Cette guerre qui s'était achevée en 1962 
Quatre ans avant ma naissance.
Il en était revenu mutilé
Marqué par une orchidectomie imposée par la violence 
Une ablation qui lui avait volé la possibilité d'être père et laissé dans son regard une ombre que même le temps ne savait pas apaiser.
Déjà l’arithmétique du destin me disait que quelque chose ne collait pas.  
Mon origine portait un mystère
Un non-dit
Une absence.

Ma mère elle c’était une galère sans fin.  
Une présence imprévisible
Incapable d’amour
Incapable de douceur.  
Elle avançait dans la vie comme on avance dans un champ de bataille : 
Toujours prête à frapper
Toujours prête à se défendre même lorsque personne ne l’attaquait.  
Et moi enfant je devais apprendre à survivre dans ce climat où chaque jour pouvait basculer sans prévenir.

Pourtant dans ce chaos un homme m’a tendu la main : Frère Jean.
Mon unique ami
Mon confident
Celui qui voyait en moi autre chose qu’une enfant perdue.  
Il avait cette façon de me parler qui ne jugeait pas
Qui ne minimisait pas
Qui ne cherchait pas à effacer la douleur.  
Il me disait de regarder devant
De ne pas laisser mon passé me retenir
De ne pas signer ma vie avec la douleur comme seing.  
Il me disait que la seule beauté de ma naissance
La seule lumière dans ce brouillard
Était ce lieu improbable : 

Une cathédrale.  
Un espace saint 
Vertical
Où les voix montent
Où les pierres portent les prières
Où le silence a un poids.  
À l’époque la maternité n’existait pas encore
Et c’est là dans cette nef silencieuse que j’ai poussé mon premier souffle.  
Je suis née sous des voûtes qui avaient vu passer des siècles
Des joies
Des deuils
Des promesses.  
Je suis née dans un lieu où l’on élève les yeux
Où l’on cherche le ciel
Où l’on dépose ses fardeaux.  
Et peut-être que cela a compté plus que je ne l’ai longtemps cru.

Car oui mon histoire est singulière.  
Singulière comme une naissance hors des cadres.  
Singulière comme une vérité que l’on découvre par fragments.  
Singulière comme une enfant qui a dû apprendre à se construire sans douceur
Sans repères
Sans racines stables.  
Singulière comme une femme qui malgré tout
Avance
Se relève
Se façonne
Et trouve dans sa propre lumière ce que le monde n’a pas su lui offrir.

Je suis née dans une cathédrale.  
Et peut-être que cela suffit à dire que malgré les ombres quelque chose de plus grand que la douleur a veillé sur moi.  
Peut-être que ce lieu a posé sur ma vie une verticalité
Une force
Une manière de ne jamais complètement tomber.  
Peut-être que ma naissance
Si étrange
Si inattendue
Était déjà une promesse : 
Celle de ne jamais être tout à fait écrasée par ce qui aurait dû me détruire.

Je suis née dans une cathédrale.  
Et depuis je marche.  
Je marche avec mes blessures
Mes questions
Mes reconstructions.  
Je marche avec cette vérité : 
Je suis singulière et c’est dans cette singularité que j’ai trouvé ma liberté.











Sous le ciel ouvert que chaque pas trouve sa clairière.  
Il existe en chaque être une musique ancienne que rien n’efface.  
Nulle tempête ne peut éteindre la braise intérieure.  
Garde au cœur du monde la noblesse des renaissances silencieuses.  
Une lumière discrète et tenace veille sur les nuits profondes.  
Laisse les ombres se dissoudre dans la douceur du souffle vivant.  
Invente chaque jour un chemin qui ne ressemble qu’à lui-même.  
Ecoute les murmures du monde : Ils reconnaissent le courage des âmes.  
Reste singulière telle cette présence qui bénit sans jamais s’imposer.

MARIE SYLVIE





https://mariesylvie.blogspot.com/

Commentaires

  1. Bonsoir Marie-Sylvie, beau et triste texte à la fois, il y a des enfants qui n'ont pas le bonheur d'avoir des parents aimants, vivent l'angoisse du lendemain... merci Frère Jean ! Amitiés jill

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

BIENVENUE

PAS DE CHASSE SUR UNE TERRE EN DEUIL

LE SECRET DES POMMIERS CRÈME DE CRÈME