NÉE DE L'OMBRE

 








Des vérités lourdes
Denses
Qui ont attendu que la peau cesse de trembler pour enfin se dire.  
La mienne je l’ai longtemps tenue à distance
Comme un objet brûlant :  
j’ai détesté ma mère.

Je l’ai détestée pour l’inceste
Pour cette intrusion qui n’est pas seulement un acte
Mais une fracture.  
Une cassure intime qui déforme l’enfance
Qui vole les repères
Qui transforme le corps en territoire violé.  
L’inceste n’est pas un souvenir : 
C’est une empreinte.  
Une marque qui s’incruste dans les gestes
Dans les nuits
Dans les silences.  
Une brûlure qui ne disparaît pas
Même lorsque la peau semble guérie.

Je l’ai détestée pour sa perversité
Pour cette manière de tordre les liens
De manipuler les émotions
De se nourrir de ce qui aurait dû être un amour maternel.  
Elle ne donnait rien : Elle prenait.  
Elle ne protégeait pas : Elle exposait.  
Elle ne guidait pas : Elle brisait.

Je l’ai détestée pour son égoïsme
Pour ces achats luxueux qu’elle s’offrait comme des trophées.  
Des parfums
Des bijoux
Des objets brillants qui remplissaient ses placards pendant que mon assiette restait vide.  
Je me souviens de la faim 
Pas seulement celle du ventre
Mais celle du regard
Celle du cœur.  
La faim d’être considérée
D’être vue
D’être aimée.  
Elle
Elle se gavait de luxe.  
Moi je me contentais de survivre.

Je l’ai détestée pour m’avoir laissée dans la souffrance
Comme si ma douleur n’avait jamais eu de valeur.  
Comme si j’étais un détail
Un bruit de fond
Une ombre dans sa vie.  
Elle ne m’a pas seulement abandonnée : 
Elle m’a ignorée.  
Et l’indifférence parfois est plus violente que les cris.

Pendant longtemps j’ai eu honte d’être née d’elle.  
Honte de ce lien biologique qui me répugnait.  
Honte de ce ventre qui m’avait portée
Alors qu’il aurait dû me protéger.  
Il m’est arrivé de me réveiller en larmes
Suffoquée
Simplement parce que cette idée 
Je viens de son ventre 
Me brûlait la peau.  
Comme si ma naissance était une tache
Une erreur
Une blessure originelle.

Les cauchemars étaient fréquents.  
Ils venaient la nuit
Sans prévenir
Comme des vagues noires.  
Je rêvais que je tentais de m’arracher à elle
De fuir cette origine qui me collait à la peau comme une ombre.  
Je courais
Je tombais
Je me réveillais en sursaut
Le cœur battant trop vite.  
Durant une longue période mes nuits ont été des champs de bataille.

Aujourd’hui elle n’est plus là.  
Elle est morte.  
Mais la mort n’efface pas tout.  
Elle ne nettoie pas les souvenirs
Elle ne répare pas les blessures
Elle ne réécrit pas l’histoire.  
Ce que j’ai vécu lui reste.  
Il pulse encore
Parfois doucement
Parfois violemment.  
Il réclame justice
Reconnaissance
Vérité.

Et moi je continue d’apprendre à respirer dans un monde où son absence est parfois plus lourde que sa présence.  
Je continue d’apprendre que ma valeur ne dépend pas de son regard.  
Que ma naissance n’est pas une faute.  
Que ma vie peut se reconstruire ailleurs
Autrement
Loin de son ombre.

Je le dis enfin sans trembler :  
Ma mère n’a pas été une mère.  
Elle a été une blessure.  
Et je me relève encore.









https://mariesylvie.blogspot.com/

Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, eh bien, vous parlez d'un milieu familial !!! De quoi aspirer à en sortir pour fonder sa propre famille, merci, amitiés, jill

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  2. tout celà démontre combien est grande la détresse d'une jeunesse désastreuses.

    FA

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  3. Avoir une mère pareille, cela ne devait pas être facile à vivre, quand on est enfant on ne peut vivre que bien entouré par des bras aimants et être rassuré par des mots d'amour.
    J'espère que cette mère n'est qu'une histoire imaginaire ?
    Bonne journée
    Amitiés

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  4. Terrible...
    Une mère qui n'a pas été une mère...
    Si c''est du vécu, quelle blessure en effet !!!
    Bon jeudi 1er octobre ma chère Marie Sylvie
    Pensées amicales
    Béa kimcat

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  5. Coucou Marie Sylvie.
    Que de souffrances au travers cette maman.
    Bises et bonne journée - Zaza

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  6. Coucou Marie Sylvie.
    Que de souffrances au travers cette maman.
    Bises et bonne y. Zaza

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  7. Bonjour Sylvie,

    Tout comme Livia, j'espère que c'est une histoire imaginaire, remarquablement bien écrite.
    Quelle triste destin. Lorsque je lis des histoires semblables dans la presse ou bien que j'entends à la TV, je mesure combien ma fratrie et moi avons eu une sacrée chance d'avoir de merveilleux parents.
    Bises amicales

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  8. Oups! Pardon! Marie-Sylvie

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  9. Bonsoir Marie-Sylvie. J'espère moi aussi que c'est une fiction, sinon c'est horrible et un drame supplémentaire pour toi

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  10. Bonsoir Marie Sylvie,
    Quelle tristesse dans une vie comme cela ! Un(e) enfant en souffre toute sa vie car, cela ne peut être autrement, hélas ! Ce n'est pas une vie d'enfant. Dommage ! De tout coeur avec toi !
    Gros bisous

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