LE SOUFFLE DES ANNÉES MUSETTES

 




https://croqueursdemots.over-blog.com/2026/09/defi-331-mene-par-notre-professeure-diabolique-jill-bill.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail




 
Jill nous entraîne vers une scène musicale un peu folle
un peu grinçante




  
Trois mots imposés guideront ma plume
 comme autant de notes à apprivoiser.

Je dépose ma participation ici
née d’un souvenir où la musique ne venait pas d’un piano
mais d’un accordéon qui respirait comme un cœur.  
Voici donc mon texte…










Je n’ai jamais appris à jouer du piano.  
Le piano pour moi c’est un animal mystérieux
Un grand fauve de bois qui sommeille dans les salons
Un seigneur aux touches d’ivoire que je n’ai jamais osé apprivoiser. 
J’aime sa voix certes oui.
Cette façon qu’il a de faire naître des mondes en un seul accord. 
Mais il est resté un rêve
Un mirage
Une musique que je regarde passer comme on regarde une barque glisser sur un lac sans jamais y monter.

En revanche il y a eu l’accordéon.  
Un instrument moins noble peut‑être
Moins solennel
Mais tellement plus humain.  
Un instrument qui respire
Qui soupire
Qui se gonfle comme une poitrine vivante.  
Et surtout il y a eu mon oncle Jacky.
Mon parrain
Cet homme au sourire clair
Dont la tendresse débordait comme une eau de source.

Il m’a donné ma première leçon de musique.  
Une leçon diabolique oui 
Mais diabolique comme peuvent l’être les éclats de rire
Les maladresses
Les essais qui deviennent des victoires.  
Il posait l’accordéon sur mes genoux comme on confie un trésor.  
Ses doigts rapides et sûrs faisaient naître une cacophonie joyeuse
Un fouillis de notes qui n’avait rien d’un désastre : 
C’était la vie qui débordait
La sienne
La mienne
Celle de ces années 1970 où la musique sortait des maisons comme une odeur de pain chaud.

Moi j’essayais de l’imiter.  
Je tirais trop fort.
Je poussais trop vite.
Je m’emmêlais dans les soufflets comme dans mes propres bras.  
Et lui avec un soupir qui n’était jamais un reproche 
Me montrait encore
Encore
Et encore.  
Un soupir doux
Un soupir de patience
Un soupir qui disait : 
《 Tu vas y arriver petite. 》

Parfois mon père entrait dans la pièce.  
Fan de musette il reconnaissait les airs avant même que les notes ne se rangent correctement.  
Il souriait lui aussi.  
Il voyait la musique naître entre nous
Sur une portée invisible
Une portée qui n’avait pas de lignes mais des liens.  
Une portée faite de gestes
De regards
De confiance
De ce fil secret qui relie les êtres lorsqu'ils créent quelque chose ensemble.

Je n’ai jamais appris le piano.  
Mais j’ai appris autre chose :  
Que la musique n’est pas seulement un instrument
Qu’elle peut être un héritage
Un amour transmis sans mots
Une leçon de vie donnée par ceux qui vous aiment assez pour vous apprendre à jouer… même lorsque le monde ne les écoute pas.








https://mariesylvie.blogspot.com/

Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie.... Ah savoir jouer d'un instrument et qui plus est en mode orchestre un jour, le piano à bretelles a connu ses grandes vedettes, il est toujours possible d'en jouer aussi bien.... cet instrument est et reste " celui du pauvre" comparé à l'autre de la "bourgeoisie" mais quel son..... Merci, bon lundi croqueurs, amitiés jill ;-)

    RépondreSupprimer
  2. c'est le grand regret de ma vie de ne pas avoir appris à jouer du piano, heureusement j'ai fait en sorte d'apprendre à placer ma voix pour mieux chanter.
    FA

    RépondreSupprimer
  3. J'ai pris des leçons de piano, tout le monde dans la famille de ma mère jouait du piano, j'aime beaucoup le piano, mais...les leçon n'ont guère porté de fruits, je crois que je ne sais plus en jouer, il faut dire, que c'est un bel instrument mais très encombrant et dans les logements d'aujourd'hui, la place manque, si on ne s'exerce pas, les doigts s'engourdissent...
    J'aime beaucoup tes leçons d'accordéon, ton défi est parfaitement réussi.
    Bonne journée
    Amicalement

    RépondreSupprimer
  4. Coucou Marie Sylvie.
    Un piano à bretelle qui a fait remonter de doux souvenirs... Super.
    Bises et bon début de semaine. Zaza

    RépondreSupprimer
  5. C'est tout à fait super, Marie Sylvie !
    Défi magnifiquement rendu !
    Mille bravos !

    RépondreSupprimer
  6. Certains jouent de l'accordéon divinement. Un texte très chaleureux. Bises Andrée

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

BIENVENUE

PAS DE CHASSE SUR UNE TERRE EN DEUIL

LE SECRET DES POMMIERS CRÈME DE CRÈME