LA VOIX DE LA MACHETTE
ATELIER # 03 - SEPTEMBRE 2026
https://atelier-ecriture-ecridelle.blogspot.com/2026/07/atelier-no-3-du-20-juillet.html?m=1
Pour l’atelier # 03 du 20 Septembre 2026
Ghislaine nous invite à explorer cinq chemins d’écriture :
Un texte intégrant des mots imposés
Un jeu sonore autour des mots en ‑ique
Un thème centré sur la phobie
Un récit incluant le prénom Boris
Et enfin la parole donnée à un objet.
Mon écrit rassemble ces cinq pistes en une seule histoire
où une machette
narratrice silencieuse
observe Samba surnommé Boris le despote
et révèle peu à peu la vérité de sa présence.
Mots imposés :
- Force
- Mission
- Crise
- Agir
- Sentir
Mes mots en ‑ique intégrés
- Éthique
- Toxique
LA VOIX DE LA MACHETTE
Je n’ai jamais été qu’un outil
Mais lui Samba me porte comme on porte une mission.
Chaque matin lorsqu'il descend dans la cour de la résidence
Je sens son souffle se contracter
Cette crise silencieuse qui lui serre la poitrine.
Sa phobie n’a rien de spectaculaire :
Elle est sourde
Organique
Presque symbolique
Une peur qui s’insinue dans les gestes les plus simples.
La peur d’être jugé
La peur d’être mal vu
La peur d’être un étranger dans un pays qui ne sait pas toujours sentir ce que vivent ceux qui travaillent dans l’ombre.
Les habitants le surnomment Boris le despote parce qu’ils ne connaissent pas son vrai prénom
Samba
Et parce qu’ils imaginent que je suis là pour les menacer.
Ils ne voient pas la force qu’il faut pour agir chaque fois malgré leurs regards
Leurs remarques sarcastiques
Leurs habitudes chaotiques.
Ils ne voient pas qu’il nettoie leurs containers avec une précision presque mécanique
Qu’il les replace avec un soin éthique
Qu’il tente de maintenir un ordre fragile dans un lieu où personne ne respecte rien.
Moi je vois tout.
Je suis contre sa hanche.
Je sens ses tremblements lorsqu'il ouvre les couvercles débordants
Lorsqu'il découvre les sacs éventrés
Les restes de repas collés aux parois
Les bouteilles cassées.
Je sens sa peur lorsqu'un résident surgit
Lorsqu'une voix claque
Lorsqu'un jugement tombe.
Sa phobie n’est pas celle du sang
Ni des hauteurs
Ni des insectes :
C’est la phobie d’être mal compris
Mal nommé
Mal regardé.
La phobie de ne jamais être Samba
Seulement "Boris".
Il avance pourtant.
Il traverse la cour comme un soldat pacifique
Un homme qui porte sa dignité comme un manteau trop lourd.
Les gens ne voient que ses gestes :
Tirer les containers
Les aligner
Les laver
Les ramener.
Ils ne voient pas ce qu’il endure :
Les odeurs acides
Les sacs éventrés
Les restes toxiques qui collent aux doigts
Les insectes qui s’échappent en nuées hystériques.
Ils ne voient pas qu’il respire plus vite lorsque un groupe de résidents se forme
Lorsque les regards se croisent
Lorsque les murmures s’élèvent.
Moi je suis là.
Je suis son compagnon silencieux
Son collègue de métal
Son ombre fidèle.
Je suis la machette que tout le monde craint
Celle que personne ne comprend.
Je suis l’objet que l’on accuse
Que l’on fantasme
Que l’on redoute.
Parfois Samba me serre un peu plus fort.
Pas pour frapper.
Pas pour intimider.
Mais pour se rassurer.
Pour se dire qu’il n’est pas seul.
Pour se dire qu’il existe.
Je sens alors son cœur battre contre moi comme un tambour fragile.
Je sens sa solitude
Sa fatigue
Sa peur.
Je sens aussi sa douceur
Cette douceur que personne ne voit
Cette douceur qui le pousse à remettre droit un container
À ramasser un sac tombé
À nettoyer une coulure sur le sol pour éviter qu’un enfant glisse.
Les gens ne voient rien de cela.
Ils voient un homme sombre
Un homme silencieux
Un homme qui porte une machette.
Ils voient un danger.
Ils voient un despote.
Ils voient une menace fantasmagorique.
Mais moi je sais.
Je sais qu’il me prend parce qu’il a peur.
Je sais qu’il me porte comme un talisman
Comme un rempart contre les humiliations.
Je sais qu’il me parle parfois à voix basse dans le local technique
Lorsque personne ne l’écoute.
Il me dit :
《 On va y arriver.
On va tenir.
On va faire ce qu’il faut. 》
Et moi je reste là.
Je suis son témoin
Son confident
Son arme de paix.
Je suis la machette qui ne coupe rien
Qui ne frappe personne
Qui ne sert qu’à tenir debout.
Ce n’est qu’à la fin de la journée lorsque Samba me dépose sur l’étagère du local technique
Que je redeviens ce que j’ai toujours été :
Un morceau d’acier
Un outil
Un témoin muet.
Un objet qui parle seulement lorsque on l’écoute.
https://mariesylvie.blogspot.com/



Bonjour Marie-Sylvie, pas un travail de tout repos pour lui, concierge, et si étranger en plus, il fait son mieux pour qu'on ne le repousse pas un jour, lui et sa machette, beau défi, amitiés jill
RépondreSupprimerIl faut bien que ce travail soit fait, et malheureusement ce sont les gens comme ton Samba qui les font, ils sont venus pensant trouver l'Eldorado, mais... il ne trouvent que les poubelles à vider.
RépondreSupprimerBonne journée
Amitiés
Une intégration difficile pour ton Samba qui a tout de même trouvé un travail. Pas reluisant, c'est vrai, mais la France n'est pas le nirvana.
RépondreSupprimerQuand tu écris "Et parce qu’ils imaginent que je suis là pour les menacer", cette machette qui ne le quitte pas, n'est certainement pas rassurante pour les gens qui le croisent.
Bises et bonne journée - Zaza
Waouh ! Quel magnifique monologue !
RépondreSupprimerUn véritable plaidoyer pour ce pauvre Samba enfermé dans sa solitude et écrasé par le regard des autres.
Le murmure d'un outil qui nous décrit son propriétaire avec un regard sans jugement. Un objet inerte qui fait peur, comme "Boris", mais qui fait son travail comme lui, tout simplement et silencieusement sans rien attendre en retour,... même pas la reconnaissance à laquelle ils auraient bien droit tous les deux.
C'est extrêmement émouvant et cela dévoile la bienveillance et la générosité de cœur de la personne qui tient la plume de ce texte.
Cela dénonce aussi tous les regards remplis de haine ou d'à priori qui jugent les gens sans rien savoir de ce qu'ils sont vraiment en oubliant que tout être humain a droit au respect et doit pas être catalogué en fonction des sa couleur, ses origines, etc...
Bravo Marie Sylvie, pour ce texte qui mériterait d'être lu par nombre de ces personnes.
Belle journée, amie de plume ! Bises
"Un objet qui parle seulement lorsqu'on l'écoute", je l'ai écouté de A à Z et j'ai compris à quel point il est utile pour rassurer Samba auquel personne n'a osé lui demander son prénom et qui aimerait tellement trouver sa place parmi les autres... Un texte plein de sensibilité qui devrait être afficher dans certains halls d'immeuble.
RépondreSupprimerBonjour Marie Sylvie
RépondreSupprimerUn texte très émouvant et pourtant tellement près de la réalité, la peur de l'étranger .
L'objet qui le rassure lui, effraie les autres qui s'éloignent encore plus et n'osent pas lui parler.
Tu as brossé un portrait très réaliste que malheureusement beaucoup doivent vivre au quotidien.
Tu as toujours les mots choisis tout en sensibilité pour nous intéresser à ces histoires de vie.
Belle semaine; bien amicalement,
Balaline
Bonsoir Marie-Sylvie. Samba n'a pas un métier facile, mais je comprends aussi que sa machette puisse faire peur aux résidents. Bonne soirée
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