MONOPOLY SANS RETOUR



MIL ET UNE ENCORE ...

https://miletune2.com/2026/06/27/sujet-193-semaine-du-27-juin-au-4-juillet/


SUJET # 193



Pour ce nouveau défi proposé par Lilou
accompagnée d’un mot facultatif : 

Un sujet qui invitait à explorer les liens
les gestes d’enfance
 les secrets murmurés… 
mais chacun y répond avec son histoire
sa vérité
son chemin.

Ma participation s’inscrit dans un autre paysage.  
Cette sculpture pour moi ne parle pas de douceur : 
Elle révèle ce qui ne sera jamais
Ce que la vie m’a arraché
Ce que je ne reverrai plus.  

J’ai choisi d’écrire ce texte comme un hommage à ma fille Gwendoline
pour dire ce qui demeure
 ce qui brûle encore
ce qui ne se rejoue pas.

Voici donc mon texte
né de ce contraste entre l’enfance figée dans le bronze et l’absence qui traverse ma vie.





L'IMAGE 




MONOPOLY SANS RETOUR 



Le matin était gris
Un de ces matins où la lumière semble hésiter à entrer dans le monde.  
Je marchais pour tenir debout
Pour que mes pas fassent au moins semblant de me porter.  
Au détour d’une place je les ai vus : 

Ils étaient enlacés dans une douceur figée
Un geste d’enfance que le temps n’avait pas réussi à voler.  
Le garçon penché vers la fille
Un secret glissé dans l’air.  
La fille tournée vers lui
Confiante
Ouverte
Intacte.

Je me suis arrêtée.  
Pas par admiration.  
Par déchirure.

Le vent a glissé entre eux
Soulevant une odeur de métal froid.  
Et dans ce souffle une image s’est imposée : 
Les billets colorés
Les rues alignées
Les cartes Chance qui promettent de recommencer
De gagner
De perdre
Mais toujours de rejouer.  
Un jeu où rien n’est définitif.  
Un jeu où l’on peut tout reconstruire.

La vie 
Elle ne m’a pas laissé cette possibilité.

On m’a arraché la vie de mon enfant pour m’atteindre.  
Ce geste-là n’a pas de seconde partie.  
Il n’a pas de carte 《 Sortez de prison 》.  
Il n’a pas de retour en arrière.  
Il n’a pas de réparation possible.

Je suis restée devant les statues
Incapable de détourner le regard.  
Leur tendresse me blessait.  
Leur innocence me brûlait
Parce que je savais que jamais je ne verrais ma fille dans cette posture
Enlacée
Confiante
Tournée vers un avenir.  
Jamais elle ne jouerait au Monopoly en riant
En trichant un peu
En s’énervant beaucoup.  
Jamais elle ne referait une partie.  
Jamais elle ne recommencerait quoi que ce soit.

Autour de moi la ville vivait.  
Des pas
Des voix
Des rires.  
Le monde continuait comme si rien n’avait été arraché.  
Mais moi je restais là
Devant ces deux enfants figés dans un futur que je ne connaîtrai pas.

Je me suis assise sur le bord de la fontaine.  
L’eau tombait en perles régulières
Presque apaisantes.  
J’ai pensé à ces mots qu’on lance parfois pour consoler
Pour expliquer
Pour recoudre.  
Ils ne me concernent pas.  
Ils n’ont pas de prise sur mon histoire.

Il existe des vies où rien ne se répare.  
Des injustices qui ne trouvent pas de pont.  
Des arrachements qui ne deviennent jamais des leçons.  
La mienne en fait partie.

Je me suis levée.  
J’ai effleuré du bout des doigts le bronze froid.  
Pas pour chercher un apaisement.  
Juste pour dire silencieusement : 
Je sais.  
Je sais que ce monde-là n’est pas le mien.  
Je sais que cette scène ne m’appartient pas.

Puis j’ai repris ma marche.  
Pas plus légère.  
Pas plus forte.  
Juste fidèle à ce que je porte.  
La sculpture est restée derrière moi
Dans sa douceur immobile.  
Moi j’ai continué avec ma vérité :  
Il existe des histoires qui ne se rejouent pas
Des pertes qui ne trouvent pas de mots
Des amours qui demeurent malgré tout.









Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie... Vivre sans, cruel pour une maman, non l'histoire de nos vies ne se rejoue pas, hélas.... merci, amitiés jill

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  2. une approche du sujet très originale avec

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  3. avec une velle intensité dramatique

    FA

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  4. Coucou Marie Sylvie.
    Quand on est maman, comment envisager la vie, sans ses enfants.
    Très beau ressenti de ces sculptures

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  5. Quel Monopoly cruel, sans rire et sans joie, quand les enfants ne sont plus là !
    Bon courage
    Amitiés
    Livia

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  6. Comme tu le dis si bien, il existe des vies où rien ne se répare...
    L'amour demeure malgré tout.
    Ton chagrin doit êtte immense Marie Sylvie, comme je te comprend !
    Je t'embrasse bien fort

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  7. Bonsoir Marie-Sylvie. Bel hommage à ta fille Gwendoline. La vie t'a bien cabossée. Bises

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  8. Ma chère amie de plume,
    Je suis totalement sous le choc de ce partage si émouvant, si bouleversant...
    Sa lecture a traversé mon cœur en le vrillant d'une émotion douloureuse car je découvre une blessure indélébile qui s'est définitivement imprimée en toi,... et cela me peine infiniment.
    Je n'ose dire que je te comprends car je n'ai pas vécu un tel drame, mais mon âme empathique s'est brusquement ouverte pour recevoir et accueillir ce si lourd fardeau.
    Merci pour ce courageux témoignage qui ne peut que nous atteindre en plein cœur.
    Doux baiser d'amitié de mon cœur à ton cœur.

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