LA NUIT REFERMÉE
Il existe des violences
qui ne laissent pas de bleus visibles
mais qui marquent une vie en profondeur.
L’épreuve que je raconte ici remonte
aux années 1980
et pourtant elle continue de dire quelque chose d’essentiel :
La fragilité dans laquelle certains peuvent être placés
et la force que d’autres déploient pour les protéger.
Deux fois à un an d’intervalle
j’ai été retenue contre mon gré
endormie
déplacée
puis libérée contre une rançon.
Je n’ai pas souffert physiquement
le sommeil imposé m’a tenue à distance
mais j’ai découvert ensuite ce que cette violence avait coûté
à mon ami Bernard Bleu
celui qui a payé deux fois pour me sauver.
Ce témoignage n’est pas seulement un récit personnel.
C’est aussi une manière de rappeler que certaines histoires restent dans l’ombre
parce qu’elles dérangent
parce qu’elles révèlent ce que l’on préfère ne pas voir :
La solitude des victimes
La loyauté silencieuse de ceux qui les soutiennent
Et la nécessité de reconnaître ces gestes qui sauvent une vie.
Aujourd’hui
je prends la parole pour rendre justice à cette vérité-là
et pour honorer celui qui
deux fois
a choisi de me rendre la liberté.
Il y a des histoires qui ne se laissent pas raconter d’un seul trait.
Elles reviennent par fragments
Par éclats
Comme si la mémoire voulait protéger ce qu’elle sait trop lourd.
La mienne commence dans une obscurité sans contours.
Je ne me souviens ni du lieu
Ni du moment exact où tout s’est refermé.
Je sais seulement que j’ai ouvert les yeux dans un espace étroit
Un coffre
Une boîte
Un monde réduit à quelques centimètres d’air.
On m’avait endormie.
Un sommeil lourd
Sans rêves
Sans douleur.
Un sommeil imposé pour que je ne sente rien
Pour que je traverse l’épreuve comme un corps absent à lui-même.
Je suis restée là plusieurs jours.
Je ne peux pas dire combien.
Le temps
Dans ces endroits-là
N’a plus de forme.
Lorsque l'on m’a sortie
La lumière m’a blessé les yeux.
Puis j’ai vu mes bras :
Constellés de petites marques
Des piqûres pour m’assommer
D’autres pour me nourrir avec un sérum protéiné.
C’est après que j’ai compris.
On m’avait retenue pour une rançon.
Et c’est mon ami
Bernard Bleu
Qui avait payé pour que je sois libérée.
J’aurais voulu que l’histoire s’arrête là.
Mais un an plus tard
La nuit s’est refermée une seconde fois.
Même coffre.
Même sommeil forcé.
Même absence de douleur
Mais la même violence silencieuse :
Celle d’être prise
Déplacée
Effacée.
Et encore une fois
C’est Bernard qui a payé.
C’est là que la vraie souffrance a commencé.
Pas dans le coffre
Mais dans la compréhension de ce que cela lui avait coûté.
Moi qui avais enfin trouvé un ami
Un vrai
Je découvrais que notre amitié avait été mise à l’épreuve
D’une manière que je n’aurais jamais imaginée.
J’ai longtemps porté une culpabilité silencieuse :
Pourquoi lui
Pourquoi moi
Pourquoi cette dette imposée à quelqu’un qui ne m’avait offert que de la bienveillance.
Bernard est mort depuis
Dans des circonstances étranges que ma mémoire n’ose pas encore dérouler.
Mais je sais ceci :
Par deux fois
Quelqu’un a choisi de me sauver.
Par deux fois
Il a mis son propre monde en jeu pour que je puisse retrouver le mien.
Aujourd’hui je raconte cette histoire pour lui rendre ce qui lui revient :
La reconnaissance
La lumière
Et la place qu’il a tenue dans ma vie.
Et pour dire
Simplement
Que l’on peut survivre
Même à ce que l’on ne comprend pas entièrement.



Bonjour Marie-Sylvie, histoire vraie ou fiction on ne souhaite à personne tel sort un jour, enlèvement et demande de rançon..... merci, amitiés jill
RépondreSupprimerOn peut survivre, même à un évènement qui nous est survenu
RépondreSupprimerDans parler évacue l’angoisse et l’incompréhension amitiés JAK
ILEST BON D'AVOIR LA FORCE D'EXPRIMER DES RESSENTIS ENFOUIS OU NOM DIT;
RépondreSupprimerILS ON UN EFFET LIBÉRATEUR LA PAROLE ET LA PLUME Y CONTRIBUENT;
FA
Cette nuit refermée est absolument épouvantable, une nuit que l'on ne souhaite à personne. Pourtant le mal est hélas à l'oeuvre partout !
RépondreSupprimerBonne journée
Bises
Coucou Marie Sylvie.
RépondreSupprimerUne situation qte je ne souhaite à personne, c'est effrayant.
Bises et bon jeudi. Zaza
Oui c'est épouvantable ! Effroyable !
RépondreSupprimerOn ne souhaite ça à personne...
Bon jeudi chère Marie Sylvie
Bien amicalement
Béa kimcat
Très chère Marie, aujourd'hui, nous lisons un récit qui nous glace tant c'est inexprimable. Tu as su placer les mots de ces effroyables épreuves. Et comme il n'y a pas de mot pour t'exprimer ce que nous ressentons, nous sommes là, silencieusement, en profond coeur à coeur. je T'écris séparément. Emma.
RépondreSupprimerBonsoir Marie-Sylvie. Ce qui t'est arrivé est horrible, et c'est bien de remercier et rendre hommage à celui qui t'a sauvé. Bonne soirée
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