DIX ANS D'EMPRISE ... UNE SECONDE POUR MOURIR

 




Il y a des récits qui ne se contentent pas d’être lus.
Ils exigent que l’on les entende.  
Celui que je partage aujourd’hui fait partie de ceux-là.  
Il parle d’emprise
de silence
et de la manière dont une vie peut être confisquée au nom de traditions
de convenances ou d’intérêts qui n’ont rien d’innocent.

Ce témoignage n’est pas une plainte.  
C’est une prise de parole.  
Une manière de remettre de la lumière là où l’on avait voulu laisser de l’ombre.  
Une manière de dire que l’emprise existe 
qu’elle détruit
qu’elle isole 
 mais qu’elle ne gagne pas toujours.

Ce récit qui suit raconte dix années d’effacement
une seconde où tout aurait pu s’arrêter
et la force de revenir malgré tout.  
Il raconte ce que beaucoup vivent encore en silence.  
Et il affirme une chose essentielle
On ne devrait jamais avoir à survivre pour être crue.












On parle souvent de traditions
De devoirs familiaux
De convenances
Mais derrière ces mots
Il y a parfois des vies brisées.  
La mienne en fait partie.

Dans les années 80 mes parents m’ont mariée à un homme que je n’avais pas choisi.  
Un mariage arrangé
Scellé pour des terres 
Pour des intérêts qui n’étaient pas les miens.  
Lorsque j’ai tenté de reprendre ma liberté en demandant le divorce
Je n’ai trouvé aucun soutien.  
Au contraire : 
On m’a retrouvée
On m'a ramenée
On m'a livrée.  
Ma mère m’a confiée à un homme plus âgé
Un homme dont je soupçonnais qu’il était déjà lié à elle.  
C’est ainsi que j’ai été placée sous l’emprise d’un homme qui n’avait aucun droit sur moi
Mais à qui on m’a pourtant abandonnée.

Dix ans.  
Dix ans d’isolement
De peur.  
Dix ans où l’on m’a appris à me taire
À obéir
À disparaître.  
Ce n’était pas un accident : 
C’était un système.  
Un système où la parole des femmes ne compte pas
Où leur liberté dérange
Où leur souffrance est minimisée.

Puis un matin cet homme a décidé que ma vie devait s’arrêter.  
Il est entré dans ma chambre avant l’aube.  
Il m’a immobilisée
Il m’a étranglée jusqu’à ce que je perde connaissance
Mais son projet allait plus loin.
Il voulait me pendre pour faire croire à un suicide.  
Il voulait effacer sa violence
Effacer sa responsabilité
Effacer mon existence.

Il me croyait morte.  
Pendant qu’il préparait sa mise en scène
Je suis revenue à moi
Et c’est cela qui a fait tomber son plan.

Devant les gendarmes il a reconnu les faits
Et il a osé dire que  《 c’était pour jouer 》.  
Cette phrase résume tout : 
L’impunité
Comme si la vie d’une femme n’avait pas de valeur.  
Comme si l’emprise n’était pas une violence.  
Comme si tenter de tuer pouvait se réduire à une plaisanterie.

Ce que j’ai vécu n’est pas une exception.  
C’est le produit d’un environnement où l’on apprend aux femmes à se sacrifier
Où l’on protège les agresseurs
Où l’on ferme les yeux sur l’inacceptable.  
Un environnement où la violence est tolérée tant qu’elle reste dans les murs de la maison.

Aujourd’hui je parle
Parce que le silence protège toujours le mauvais camp.  
Parce que mon histoire n’est pas un secret honteux : 
C’est une preuve.  
La preuve que l’emprise existe.  
La preuve que la violence peut être maquillée
Niée
Minimisée.  
La preuve qu’on peut survivre
Même lorsque tout semble perdu.

Je suis encore là.  
Et cette fois je refuse que l’on m’efface.



Écrire ce témoignage n’a pas été un geste simple.  
Ce n’est pas un retour en arrière
ni une volonté de raviver la douleur.  
C’est un acte de clarté.

Pendant longtemps
d’autres ont parlé à ma place : 
La famille 
Les convenances
La peur
L’emprise.  
Aujourd’hui je reprends ma voix.  
Je raconte non pour accuser
mais pour nommer.  
Non pour me justifier
mais pour me réapproprier ce qui m’a été confisqué.

Ce récit n’est pas une histoire isolée.  
Il s’inscrit dans une réalité que beaucoup connaissent encore : 
des silences imposés
des vies rétrécies par l’emprise.  
Si je parle c’est pour rappeler que ces violences existent
qu’elles détruisent
qu’elles sont trop souvent minimisées
mais qu’elles ne sont pas une fatalité.

Je suis encore là.  
Et écrire pour moi c’est refuser l’effacement.










Commentaires

  1. Certainement Marie-Sylvie, nous ne sommes pas des marchandises à vendre et à sacrifier.... Il y a moult sortes de violences, il ne faut plus les taire !! Merci, amitiés jill

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  2. Toutes ces violences, il faut les dénoncer !!!
    Bon jeudi chère Marie Sylvie
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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  3. Coucou Marie Sylvie.
    Ces violences silencieuses dues à l'emprise sont terribles.
    Il faut les combattre, et surtout rester soi-même. Merci pour ton témoignage.
    Bises et bon jeudi. Zaza

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  4. On dit que les violences il faut les dénoncer,
    Mais ce sont les fragiles qui en sont souvent victimes de violences ;
    Ont-ils la force de se défendre?
    Pire ils peuvent même défendre leur tortionnaire

    FA

    FA



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  5. Bonsoir Marie-Sylvie. Tu as vécu l'horreur avec cet homme. A-t'il au moins été arrêté et jugé ?

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  6. Chère Marie-Sylvie ,
    Je suis profondément bouleversée et sous le choc de découvrir la violence extrême dont tu as été victime, ton courage et ta force méritent tout mon respect.
    Merci pour la puissance de ton cri, puisse t-il être entendu !
    Je t'embrasse affectueusement.
    Domi.

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