CARNET D'EXPRESSIONS
CONSIGNE AEV 2526 - 29
https://aevillejean.canalblog.com/2026/06/carnet-d-expressions-voici-quelques-expressions-regionales-ou-utilisees-dans-un-pays-francophone-ou-ailleurs-relevees-dans-un-des-carnets-d-expression-de-pepito-mateo-conteur-acteur-et-auteur-essayez-d-en-glisser-trois-ou-quatre-dans-un-texte.html
Pour cette nouvelle consigne de l’Atelier d’écriture de Villejean
Joe Krapov nous invitait à glisser dans un récit trois ou quatre expressions régionales françaises
choisies parmi un florilège savoureux venu de nos terroirs.
J’ai laissé résonner ces mots anciens
gouailleurs ou tendres
et quatre d’entre eux se sont imposés comme une petite musique familière :
et
Elles m’ont conduite vers un village de fin de journée
un lieu où la lumière ralentit
où les pas traînent
où l’on se retrouve sans se presser
juste pour partager un verre et remettre le monde d’aplomb.
De cette atmosphère douce et dorée est né le texte qui suit.
LA LENTEUR DORÉE D'UN SOIR
Le soleil déclinait derrière les toits d'ardoise lorsque je l’ai aperçu au bout de la rue principale.
Il avançait lentement comme s’il sortait d’un rêve trop lourd et je me suis dit qu’il allait encore arriver à la fumée des cierges.
C’était sa spécialité :
Se présenter juste quand tout le monde pensait qu’il ne viendrait plus.
Une manière de marquer son territoire peut‑être.
Ou simplement de laisser le monde tourner sans lui jusqu’à ce qu’il décide d’y remettre un pied.
Il progressait d’un pas irrégulier
Marchant en cari-couillette
Les jambes un peu arquées comme s’il avait passé la journée à courir après des choses qui ne voulaient pas se laisser attraper.
Les volets claquaient doucement dans la brise du soir.
Les jardins exhalaient une odeur de menthe froissée et de terre chaude.
Le village semblait retenir son souffle
Suspendu entre la fin du jour et le début de quelque chose d’autre.
Devant le café la porte était grande ouverte.
On entendait des rires
Des verres qui s’entrechoquaient
Et cette musique discrète qui accompagne les soirées où personne n’a envie de rentrer trop tôt.
C’est alors que la voix de la patronne a retenti
Claire comme une cloche :
《 L’oiseau est sur la branche ! 》
Tout le monde a compris.
C’était le signal.
L’heure de l’apéro
L’heure où les histoires se délient
Où les rancœurs s’évaporent
Où les promesses se font sans qu’on sache si elles seront tenues.
Il m’a rejoint près du Tilleul
Essuyant d’un revers de main la poussière sur son pantalon.
《 T’es là toi. 》
Il a souri.
Ce sourire un peu de travers qui annonce les décisions irrévocables.
《 Allez viens.
On va s’enfiler une r’nampée sul coin du musiau. 》
Comme si boire un coup pouvait réparer les retards
Les détours
Les hésitations.
Comme si un verre partagé pouvait remettre le monde d’aplomb.
J’ai hoché la tête.
Parce qu’au fond
Dans ce village où les heures s’écoulent comme un ruisseau tranquille
Il n’y a rien de plus sérieux qu’un apéro improvisé
Et rien de plus doux que de marcher à deux
Même en cari‑couillette
Vers la lumière dorée qui s’allume derrière la porte du bistrot.



Un mot bravo !!! ;-) amitiés jill
RépondreSupprimerQuelle jolie lenteur dorée d'un soir !
RépondreSupprimerPoétique à souhait
Béa kimcat