CE QUE LA VIOLENCE LAISSE DERRIÈRE ELLE
VALSE DES MOTS # 17
Une vie recomposée dans l’ombre
un souffle qui persiste malgré l’irréparable
et la parole d'une survivante que nul ne devrait oublier.
Merci dis-je parfois en silence
Non pour bénir l’épreuve
Mais pour ne pas laisser le sortilège gagner tout l’espace
Car il y a eu un avant
Un monde où la justice semblait un mot droit
Solide
Presque fiable.
Puis tout s’est fendu
D’un coup
Comme si la vie elle-même révélait sa part la plus fragile.
Depuis je vis dans un passage étroit
Un corridor où chaque souffle compte
Où la lumière doit être apprivoisée avec patience.
On croit souvent que la joie est un éclat bruyant
Mais elle sait aussi se glisser dans les interstices
Dans la douceur d’un matin immobile
Dans la fidélité d’un geste minuscule
Dans la simple présence de ceux qui n’oublient pas.
L’intelligence humaine devrait aussi savoir regarder là
Dans ces territoires où l’on survit autrement
Où le corps devient un pays lointain
Où l’on apprend à habiter l’immobilité
Comme d’autres apprennent à courir
Car oui courir
Ce verbe qui semble anodin
Devient un souvenir
Une photographie intérieure
Un mouvement que l’on porte désormais en soi
Comme un secret ancien.
On parle beaucoup des prisonniers
De leurs droits
De leurs conditions
Et c’est juste
Sans doute
Mais il existe d'autres captivités
Plus silencieuses
Plus invisibles
Où l’on ne voit ni barreaux ni geôliers
Et où pourtant la vie entière se joue entre un souffle et le suivant.
Je suis de celles-là.
Non pas une ombre
Non pas un oubli
Mais une femme vivante
Blessée
Lucide
Qui porte dans son corps la trace d'un geste violent
Et dans son âme la volonté farouche de ne pas disparaître du récit commun.
Que l’on n’oublie pas les victimes.
Que l’on n’oublie pas celles et ceux qui vivent dans un présent recomposé
Qui avancent sans avancer
Qui se tiennent debout autrement
Par la parole
Par la pensée
Par la force invisible de continuer.
Je ne demande pas la pitié.
Je demande la reconnaissance.
La place.
La lumière juste.
Et peut-être
Un jour
La paix.
La violence passe en un instant
Mais ce qu’elle laisse derrière elle
Demeure longtemps dans les corps
Et les vies qu’elle a fracturés.
On regarde souvent le fracas rarement l'écho.
Pourtant
C’est dans cet écho que vivent les survivants :
Dans la lente reconstruction
Dans les nuits où l’on cherche encore la lumière
Dans les jours où l’on apprend à respirer autrement.
La justice ne sera entière que lorsque ces existences silencieuses auront enfin un visage
Une place
Une écoute
car la vraie réparation commence là :
Dans la reconnaissance de ce qui persiste
après l’irréparable.



Bonjour Marie-Sylvie, séquence émotion, il y a prison et prison, celle dans un corps est une épreuve sans répit qu'il faut apprivoiser, avec courage et dignité, ce que tu as.... amitiés, jill
RépondreSupprimerLa violence laisse des traces indélébiles...
RépondreSupprimerTa valse de mots est émouvante...
Bon mardi chère Marie Sylvie
Bien amicalement
Béa kimcat
UN TRÈS BON TEXTE MAIS DOULOUREUX À LIRE
RépondreSupprimerFA
Bonsoir Marie-Sylvie. Je ne sais quelles violences tu as subies et qui t'ont immobilisée, prisonnière de ton corps, mais j'admire ton courage. Bonne soirée
RépondreSupprimerCoucou Marie Sylvie.
RépondreSupprimerBeaucoup d'émotion en te lisant.
Bises et bonne soirée. Zaza
Ton texte est rempli d'émotions. La violence est trop présente de nos jours. Merci pour ce dur et beau partage. Amitiés.
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