QUAND LA FRANCE ROULAIT AUTREMENT




https://miletune2.com/2026/07/11/sujet-195-du-11-juillet-au-15-aout/




Pour le défi #195 proposé par Lilou
 nous sommes invités à écrire autour d’une photographie magnifique : 
Une DS posée sur un petit pont comme prête à prendre la route.  

Le mot imposé  " Départ "
vient souffler sur l’image comme une promesse de mouvement
de voyage
de souvenir.  

Cette DS immobile mais déjà en chemin
 ouvre un espace de nostalgie et de douceur
où chaque trajet avait un sens
une raison
une destination.

Je partage aujourd’hui ma participation.  
Ce récit est né de l’émotion que m’a inspirée cette photographie
et de mes souvenirs familiaux liés à cette voiture mythique.  










QUAND LA FRANCE ROULAIT AUTREMENT





La DS avançait comme un souffle sur les routes de la Sarthe.  
Chaque matin elle quittait Ligron
Glissant entre les haies
Les champs encore bleus de rosée
Pour rejoindre Le Mans.  
Mon oncle Daniel y faisait son trajet professionnel
Une centaine de kilomètres par jour sans jamais se plaindre : 
C’était ainsi
C’était le mouvement naturel de la vie.  
La DS ne roulait pas : 
Elle flottait.  
Elle avalait les kilomètres comme si la route était un tapis déroulé juste pour elle.

À cette époque la voiture n'était pas une extension de soi
Ni un refuge
Ni un caprice.  
Elle était un outil 
Un compagnon de travail
Un trait d’union entre la maison et le métier.  
On ne lui demandait pas d’être un symbole
Encore moins une preuve sociale.  
Elle servait simplement.  
Elle accompagnait les hommes dans leurs métiers
Leurs trajets
Leurs responsabilités.  
Le week-end on la laissait se reposer sous le tilleul
Les pneus encore tièdes de la semaine.  
Et nous on prenait le train pour les vacances.  
La France était si belle que l’on n’imaginait pas franchir ses frontières.  
On se contentait de la regarder
De la traverser doucement
De la respirer.  
Les gares étaient des promesses
Les rails des lignes de vie
Les départs des fêtes silencieuses.

Aujourd’hui je suis catastrophée de voir les voitures partout
Tout le temps.  
Les trajets scolaires malgré la carte scolaire comme si marcher était devenu une punition.  
Les grands modèles
Parfois luxueux 
En vrac devant France Emploi
Moteurs encore chauds pour venir pointer une demande d’emploi.  
Les parkings saturés devant des commerces pourtant accessibles en bus ou en tramway.  
La voiture n’est plus un outil : 
Elle est devenue une habitude
Une armure
Une fuite.  
On roule pour éviter de penser
Pour éviter de voir
Pour éviter de sentir.  
On roule pour ne pas être en retard à soi-même.

La DS elle appartenait à un autre monde.  
Un monde où l’on savait encore prendre le départ intelligemment
Où l’on roulait pour une raison
Où l’on roulait pour vivre
Et non pour s’enfermer.  
Elle portait en elle une élégance tranquille
Une manière de dire :  
《 Je t’emmène
Mais seulement si tu sais où tu vas ! 》

Je revois mon oncle Daniel
Sa main posée sur le volant
Son regard droit devant.  
Il ne roulait pas vite.  
Il roulait juste.  
Il roulait pour travailler
Pour nourrir sa famille
Pour tenir sa place dans le monde.  
La DS était son bureau du matin
Son refuge du soir
Son silence entre deux journées.  
Elle connaissait chaque virage
Chaque bosse
Chaque odeur de terre mouillée.  
Elle était fidèle
Presque vivante.

Et moi aujourd’hui je regarde les voitures modernes comme des bêtes impatientes.  
Elles ne savent plus attendre.  
Elles ne savent plus se taire.  
Elles ne savent plus ce qu’est une destination qui a du sens.

La DS elle savait.  
Elle savait tout cela.  
Elle savait l’époque où l’on roulait autrement.

MARIE SYLVIE








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