L'ÉTERNITÉ VOLÉE
La pénombre de la chambre garde la chaleur du jour comme un secret trop longtemps retenu.
Par l’entrebâillement des volets une fine lame de lumière dorée traverse le silence en striant le parquet où la poussière s'attarde en suspens.
Au-dehors la rumeur du monde s'assourdit sous le poids de l'Été mais entre ces murs complices le temps s'est arrêté de couler :
Il s'est épaissi devenant une matière lourde qui pèse sur sa poitrine à chaque inspiration.
Attendre ainsi c'est apprendre à habiter un sanctuaire fait de ferveur et de menaces.
Il n’est pas là et pourtant il remplit la pièce avec une violence tranquille.
Il habite l'ombre du rideau
Le grain du bois de la table
Le reflet tremblant du miroir.
Elle suspend son propre souffle pour mieux écouter
Guette le grain de gravier qui crisse sous une semelle
Le grincement d'une charnière au loin
Le froissement imperceptible d'une étoffe effleurant le lierre du mur.
Chaque battement de son cœur devient à la fois la promesse d'un miracle et le signal d'un danger car la moindre seconde dérobée à la morale des hommes a la saveur âpre et magnifique du sacrilège.
Elle bascule alors dans la ferveur de cet instant dérobé
Une ivresse pure et détachée du reste de la terre.
Ses sens s'affinent jusqu'à l'écorchure.
L'odeur entêtante du chèvrefeuille qui monte du jardin se mêle au souvenir encore tiède d'un aveu murmuré à demi-mot.
Son attente devient une prière païenne où se tressent le désir et la peur érigeant un royaume éphémère à l'abri des regards.
Mais aussitôt la rattrape le supplice de la certitude
Cette faille invisible qui se creuse au fond de la joie car guetter ainsi dans l'ombre c'est mesurer à chaque seconde l'immensité du précipice.
Son esprit imagine l'imprévu
Le faux pas
La rencontre fortuite au détour du chemin
Ou plus douloureux encore l'hésitation d'un cœur qui renoncerait au dernier pas.
Elle sait sans oser se l'avouer que cet amour n'a ni lendemain garanti ni chemin tracé et que sa seule vérité réside dans cette attente fragile et précieuse parce qu'infiniment menacée.
Soudain le silence du couloir se brise sous l'impact d'un frôlement mat.
La poignée de cuivre tourne dans un cliquetis étouffé.
Le bois de la porte cède doucement laissant entrer la silhouette attendue.
Dans ce bref entre-deux où son regard accroche enfin le sien tout le poids des heures solitaires s'effondre.
Le monde extérieur
Ses lois
Ses ombres et ses jugements s'effacent instantanément
Balayés par le simple miracle de leurs mains qui se cherchent et se trouvent dans la pénombre.
Les amours clandestines ont cela de sacré
Qu'elles ne vivent que d'éternités volées à l'ombre du monde.
Car il est des bonheurs si grands
Qu'ils se paient du risque de tout perdre et d'heures si denses
Qu'elles valent bien que l'on oublie le lendemain.
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Bonjour Maris-Sylvie, si bien contées ces amours clandestines, bravo, douce journée, amitiés jill
RépondreSupprimerl'es amours clandestines penvent devenir si intense quelle s'accompagne d'immenses risques er de lendemain parfois tragiques.
RépondreSupprimerFA
C'est un beau récit que tu nous offres ce matin sur ces amours clandestines qui font battre le coeur et monter la tension du pouls... dans la touffeur du matin naissant parfumée au chèvrefeuille.
RépondreSupprimerBonne journée
Amicalement
Oh que j'ai aimé ces amours clandestines !! Intenses à vivre ... En oubliant le lendemain...
RépondreSupprimerMerci pour cet agréable moment de lecture.
Bon vendredi ma chère Marie Sylvie
Amitiés
Béa kimcat
Coucou Marie Sylvie.
RépondreSupprimerDes amours clandestines... Toute une histoire et d'excellents souvenirs à se remémorer.
Merci pour cet écrit savoureux.
Bises et bonne journée. Zaza