LES OMBRES DU LYCÉE

 









Il existe des lieux qui
Malgré leur façade lisse
Portent en eux une ombre que l’on ne voit qu’en y travaillant de près.  
Le lycée Notre‑Dame au cœur de Le Mans en faisait partie.  
J’y intervenais en 2008‑2009
Persuadée d’entrer dans un établissement tranquille
Presque bourgeois.  
Mais derrière les uniformes impeccables et les couloirs silencieux
J’ai découvert une réalité plus trouble
Faite d’incidents étranges
Inquiétants
Et d’un silence institutionnel qui en disait long.


Je me souviens d’abord de cette odeur âcre qui flottait un matin dans les sanitaires.  
On apprit qu’un élève ou peut‑être un groupe
Nul ne le sut jamais 
Avait versé de l’acide dans les cuvettes
Puis rempli les chasses d’eau de Javel pure.  
À chaque utilisation une réaction chimique violente se produisait
Dégageant une mousse toxique qui prenait à la gorge.

Ce n’était pas une simple bêtise d’adolescent.  
C’était un geste pensé
Préparé
Presque scientifique dans sa dangerosité.

Quelques semaines plus tard un autre choc secoua l’établissement.  
Dans le réfectoire 
Des bouteilles de gaz de camping avaient été placées dans les micro‑ondes.  
L’explosion fut si forte que la cantine dut fermer plusieurs jours.  
Les murs étaient noircis
Les appareils détruits
Et l’odeur de brûlé restait suspendue dans l’air comme un avertissement.

Personne ne revendiqua rien.  
Mais dans les couloirs les murmures circulaient :  
《 Ce sont les mêmes… 》
Un groupe invisible
Insaisissable
Comme une ombre qui se glisse entre deux cours.

Ce qui m’a le plus marquée
Pourtant
Ce n’est pas la violence des actes
Mais le silence qui les a suivis.  
Le directeur refusa d’alerter les services compétents.  
Pas de police.  
Pas de signalement.  
Rien.

Comme si l’on préférait préserver l’image plutôt que la vérité.  
Comme si tout cela n’avait jamais existé.

Et moi
Au milieu de ce décor feutré
Je sentais monter une inquiétude profonde.  
Ce lycée réputé pour son sérieux me donnait l’impression d’un lieu où la délinquance se dissimulait derrière les apparences
Où l’on étouffait les faits pour ne pas troubler la surface.


Avec le recul je garde de cette année une sensation étrange : 
Celle d’avoir traversé un lieu où l’ombre et la lumière cohabitaient sans jamais se rencontrer.  
Un lycée qui brillait de l’extérieur
Mais où quelque chose
En profondeur
Se fissurait.


Il existe des histoires que l’on raconte 
Pour ne pas les laisser s’effacer.  
Celle‑ci en fait partie.








https://mariesylvie.blogspot.com/

Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, eh bien, des faits diaboliques, pas une simple farce d'étudiants.... et oui ne rien dire pour sauver les apparences ! Merci, amitiés jill

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  2. parfois il fait avoir le coruage de dénoncer pour éviter un drame encore plus fort.
    FA

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  3. Je plains le directeur d'un tel établissement, car ce n'est sûrement pas facile d'être en charge aujourd'hui, il y a toujours des éléments perturbateurs qui opèrent en douce et ne se dénoncent surtout pas car ils sont en général lâches !
    Bonne journée
    Amitiés

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  4. Coucou Marie Sylvie
    Mais qu'est-ce qu'ils avaient dans la tête ces gamins ???
    Quant à la direction de ce lycée, le silence est impardonnable. En couvrant ces actes, elle mettait les autres élèves en danger.
    Bises et bonne journée. Zaza

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  5. Mais c'est horrible. Ces actes auraient pu avoir de graves conséquences. Difficile de comprendre l'inaction du Directeur

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