L'ART DE S'ABANDONNER
On ne possède que ce à quoi l'on s'abandonne.
Sur la trame invisible de nos désirs
La rencontre n'est pas un foudre aveugle qui s'abat dans la nuit
Mais une broderie patiente
Un murmure délicatement appris au creux du temps.
Aimer s'éveille comme une caresse mesurée :
C'est l'art d'apprivoiser l'attente avec une infinie tendresse
De guetter la tiédeur d'un souffle
D'apprendre par cœur la cadence d'une respiration.
Cette attention portée à l'autre n'a rien d'une stratégie froide
Elle est ce premier tremblement des mains qui travaillent la soie
Hésitantes
Pressentant déjà la préciosité du tissu.
Et les épines de la pudeur ou du doute ne sont pas des périls
Mais les contours précieux d'une fleur fragile que l'on entoure de soins pour mieux la protéger du vent.
Dans ce jeu subtil
On s'avance parfois costumé de réserve et d'artifices
Drapé dans des silences choisis
Et des regards retenus.
On croit jouer une comédie rassurante
Élever un rempart de gestes maîtrisés pour préserver son propre cœur
Inventer une chorégraphie pour ne pas sombrer.
Mais dans la pénombre de la scène
La métamorphose opère à notre insu.
À force de feindre l'émerveilllement
À force d'incarner le frisson
La chair finit par rattraper le rôle.
Le masque d'emprunt fond sous la chaleur de la peau
La comédie se dissout dans le vertige d'une émotion vraie
Et l'on se retrouve soudain nu
Désarmé
Ivre de cette vulnérabilité que l'on cherchait à tenir à distance.
C'est là que résonne la vertigineuse puissance des mots.
On pensait ciseler la parole comme une parure légère
Lancer des promesses enchantées comme des rets d'or pour captiver l'autre.
Mais le langage est une magie dont on devient le premier captif.
En murmurant la grâce
En nommant l'invisible
C'est son propre esprit que l'on enivre.
La voix se met à trembler sur les syllabes de la tendresse.
Le filet de lumière que l'on tendait vers un sourire vient doucement enlacer notre propre poitrine
Et l'aveu que l'on croyait composer avec habileté devient un cri du cœur
Instinctif et profond.
Toute la pudeur
Tous les détours patients finissent par s'effacer devant la souveraineté du feu.
On s'imaginait gardien d'une simple étincelle
Maître d'une danse dont on possédait la carte.
Et pourtant
Le sommet de cet art est d'accepter de perdre pied.
C'est l'instant précieux où l'on dépose ses armes
Où l'on oublie ses peurs pour ne plus être qu'une flamme portée par le même souffle.
Consentir à fondre
Se laisser traverser par cette chaleur qui nous dépasse
C'est comprendre que chercher à maîtriser l'amour n'était
Au fond
Qu'une longue et douce façon d'apprendre à s'abandonner.
On croit apprendre l'art de séduire
Pour découvrir que l'on apprenait seulement celui d'aimer
Car à feindre le frisson
Le cœur finit par inventer son propre vertige.
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Bonjour Marie-Sylvie, que c'est joliment dit, juste envie de dire, chut, laissons-les s'aimer... amitiés, jill
RépondreSupprimerle coeur finit par inventer son propre vertige , c'est très vrai
RépondreSupprimerFA
l
Que c'est beau de s'abandonner à l'amour !!
RépondreSupprimerC'est joliment écrit.
Bon vendredi ma chère Marie Sylvie
Amitiés
Béa kimcat
Et comme" le coeur à ses raisons que la raison ignore", on est vite ensorceler par l'autre !
RépondreSupprimerC'est avec délice que j'ai lu tes dentelles précieuses sur l'abandon, merci.
Bonne journée
Bien amicalement
Coucou Marie Sylvie...
RépondreSupprimerAh que c'est beau !!!!!!!Coucou Anfrée.
Pas très présente aujourd’hui, à demain.
Bises et bonne soirée - Zaza