CE QUI SE VOIT ... CE QUI SE TAIT
CE QUI SE VOIT ... CE QUI SE TAIT
La maison qui tenait debout.
De l’extérieur tout semblait en ordre.
La maison se tenait droite
Les volets bien alignés
Les jours bien rangés.
On y voyait une existence stable
Presque enviable
Une vie qui ne débordait pas.
À l’intérieur pourtant quelque chose se défaisait.
Pas un drame
Pas un cri.
Une lente érosion comme une pierre que l’eau polit jusqu’à la rendre étrangère à elle-même.
Chaque matin Christine se levait avec la sensation d’habiter une vie trop étroite.
Les gestes étaient accomplis avec soin
Mais sans souffle.
Les mots étaient prononcés
Mais sans voix.
Les heures passaient
Mais sans présence.
Il fallait tenir.
Toujours tenir.
La fissure n’apparut pas soudainement.
Elle avait commencé bien avant
Dans un détail minuscule :
Un regard qui ne voyait plus
Un silence qui pesait trop
Une fatigue qui ne partait jamais.
La fissure s’élargit au fil des jours.
Elle devint faille.
Puis gouffre.
Un soir Christine comprit qu’elle ne pourrait plus continuer.
Ce n’était pas une décision.
C’était une évidence.
Elle se leva
Enfila un manteau
Ouvrit la porte.
Et sortit.
Sans bruit.
Sans valise.
Sans explication.
Le dehors n’était pas tendre.
Le monde avait changé.
Les routes s’étaient écartées
Les distances creusées.
Certains vivaient dans la lumière
D’autres dans l’ombre.
Certains pouvaient s’arrêter
D’autres n’avaient même plus le droit de tomber.
La fracture n’était pas seulement sociale.
Elle était sensible.
Elle traversait les corps
Les maisons
Les silences.
Dans ce monde chacun portait un masque.
Un masque pour rassurer.
Un masque pour ne pas inquiéter.
Un masque pour survivre.
Christine qui avait laissé son masque derrière elle
Avançait nue dans un paysage où tout le monde se cachait.
Les premiers jours furent une marche sans direction.
Un pas après l’autre
Comme si le mouvement seul pouvait empêcher l’effondrement.
Il y eut des nuits froides
Des bancs trop durs
Des matins sans horizon.
Il y eut des moments où la solitude pesait plus lourd que l’ancienne vie.
Des moments où l’on se demande si partir n’était pas une erreur.
Mais il y eut aussi des rencontres.
Des regards qui ne jugeaient pas.
Des mains tendues sans poser de questions.
Des voix qui disaient :
《 Moi aussi un jour j’ai failli partir. 》
Alors Christine comprit qu’elle n’était pas seule.
Que d’autres aussi vivaient dans des vies trop serrées.
Que d’autres aussi cherchaient un souffle.
En marchant Christine vit ce que l’intérieur de sa maison lui avait caché :
Le monde craquait de partout.
Des visages fatigués
Des corps usés
Des existences qui tenaient par miracle.
On exigeait de chacun qu’il soit solide
Performant
Disponible.
On demandait de sourire
De produire
De prouver.
On confondait dignité et endurance.
Ce qui craquait en elle n’était pas seulement personnel.
C’était le reflet d’un monde qui exige trop et soutient trop peu.
Un matin
Après de longues semaines
Christine arriva devant une petite maison abandonnée.
Les murs étaient fissurés
Le toit penchait
La porte grinçait.
Mais il y avait là un espace.
Un silence.
Une possibilité.
Elle entra.
Balaya la poussière.
Ouvrit les fenêtres.
La lumière entra comme une respiration.
Ce n’était pas un refuge.
C’était un seuil.
Un lieu où l’on pouvait commencer à recoudre ce qui avait été déchiré.
Les jours suivants furent faits de gestes simples :
Ramasser du bois
Réparer une chaise
Faire chauffer de l’eau
Écouter le vent.
Chaque geste était une manière de revenir à soi.
De retrouver un rythme.
De sentir enfin que l’intérieur et l’extérieur pouvaient cesser de se contredire.
La solitude n’était plus un poids.
Elle devenait un espace.
Un espace où l’on apprend à écouter ce qui tremble
Ce qui appelle
Ce qui réclame une autre manière de vivre.
Christine ne savait pas encore où elle irait ensuite.
Elle ne savait pas si elle retournerait un jour vers ce qu’elle avait quitté.
Elle ne savait pas si elle avait eu raison ou tort.
Mais elle savait ceci :
Elle ne serait plus jamais la façade d’un monde fissuré.
Elle ne vivrait plus dans une vie trop étroite.
Elle chercherait un lieu où vivre sans se trahir.
Et peut-être qu'un jour
Elle trouverait quelqu’un qui verrait non pas ce qui se montre
Mais ce qui se tait.
De celui qui part.
De celle qui reste.
De celui qui craque.
De celle qui tient trop longtemps.
De tous ceux qui cherchent un espace où l’on peut enfin respirer.
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Bonjour Marie-Sylvie, plus qu'on ne le pense de ces personnes mal dans leur vie... il faut alors le courage de refuser cela et claquer la porte pour un ailleurs "plus vert" comme on dit, merci, amitiés jill
RépondreSupprimerune sensible approche de problèmes à résoudre de vies qui doivent changer leur parcours., en se prenant en main. pour un ailleurs meilleur.
RépondreSupprimerFA