SUB/OBJECTIF N° 5
CONSIGNE AEV 2526 - 27
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SUB/OBJECTIF N° 5
Il arrive que deux images
posées côte à côte par hasard
ouvrent une porte que l’on croyait fermée.
Pour l’Atelier d’Écriture de Villejean
il nous est proposé de tisser un lien entre deux photographies.
J'ai choisi celle d'un chemin nu bordé d’arbres et celle d'une maison enfouie dans la végétation.
J’ai laissé ces deux photographies dialoguer
et voici ce qu’elles m’ont soufflé.
CERTAINS CHEMINS NE MÈNENT PAS
À UN LIEU
MAIS À LA PART DE NOUS QUI ATTENDAIT
IL EXISTE DES MAISONS QUI N'ABRITENT PERSONNE
ELLES VEILLENT SUR CEUX QUI REVIENNENT
On disait que le chemin n’allait nulle part.
Qu’il traversait la forêt comme une vieille
cicatrice
Sans début ni fin
Juste une entaille dans la terre.
Les habitants du village l’évitaient.
Trop silencieux.
Trop droit.
Trop obstiné.
On racontait qu’il avalait les pas
Qu’il gardait les ombres.
Moi je savais qu’il menait quelque part.
Je l’avais emprunté autrefois
Lorsque j’étais encore assez jeune pour croire que les lieux avaient une mémoire
Et que les maisons pouvaient aimer.
Ce matin-là la lumière était blanche
Presque crue.
Les arbres
Dépouillés
Ressemblaient à des silhouettes qui hésitent à parler.
Le vent ne soufflait pas.
Même les oiseaux semblaient retenir leur souffle.
J’ai avancé
Lentement
Comme si je marchais dans un souvenir trop fragile.
À mesure que j’approchais
Une sensation étrange montait en moi :
Ce n’était pas moi qui revenais vers la maison.
C’était elle qui venait vers moi.
La première fois que je l’avais vue
J’avais dix-sept ans.
Elle m’était apparue comme un refuge
Une promesse.
Un ventre de pierre où l’on pouvait déposer ses peurs.
J’y avais passé un Été entier
À écouter les murs respirer
À apprendre le langage des fenêtres
À comprendre que certaines bâtisses ne sont pas construites :
Elles naissent.
Puis j’étais partie.
On part toujours trop tôt des lieux qui nous aiment.
Aujourd’hui la maison était là
Exactement comme dans ma mémoire :
Un peu penchée
Un peu sauvage
Enlacée par les ronces et les herbes hautes
Mais quelque chose avait changé.
Elle semblait… éveillée.
Comme si elle m’attendait depuis des années
Immobile mais vibrante
Retenue par un fil invisible.
Je me suis arrêtée devant la porte.
Le bois était gonflé par l’humidité
Mais la poignée
Elle
Elle était tiède.
Comme une main.
Alors j’ai compris.
Ce n’était pas un hasard si les deux photographies
Le chemin et la maison avaient été juxtaposées.
Ce n’était pas un simple voisinage.
C’était une histoire d’appel et de réponse.
Le chemin m’avait reconnue.
La maison m’avait rappelée.
Et moi j’étais revenue.
Lorsque j’ai poussé la porte
Un souffle d’air m’a enveloppée
Doux comme un drap ancien.
À l’intérieur rien n’avait bougé.
Ou plutôt : Tout avait attendu.
Les murs
Les meubles
La poussière même semblaient retenir une respiration longue de plusieurs années.
J’ai avancé jusqu’à la fenêtre du fond
Celle qui donnait sur les arbres.
La lumière y tombait comme une bénédiction.
Alors seulement j’ai senti la vérité me traverser :
Je n’étais pas revenue pour revoir la maison.
J’étais revenue pour qu’elle me rende ce que j’avais laissé ici.
Ma peur.
Ma solitude.
Mon ancienne peau.
Je suis restée longtemps
Debout
Immobile
À écouter le silence.
Puis j’ai refermé la porte derrière moi
Sans regret.
Le chemin cette fois ne m’a pas avalée.
Il m’a rendue au monde.
Ce que nous quittons
Continue parfois de nous appeler
Jusqu'à ce que nous entendions enfin.




De très belles citations, et bravo pour ton écrit aussi, merci, amitiés jill
RépondreSupprimerTu as laissé ces deux photographies dialoguer et elles t'ont bien inspirée
RépondreSupprimerOui. Ce que nous quittons continue parfois de nous appeler jusqu'à ce que nous entendions enfin.
Béa kimcat
De très beaux liens entre des deux illustrations proposés dans ton texte, bravo.
RépondreSupprimerBises et bon samedi. Zaza
Tu nous contes une belle histoire de cette maison où tu as laissé des souvenirs. Bonne soirée
RépondreSupprimerdeux images biens reunies en e belle histoire pleine de snsibilité.
RépondreSupprimerFA