LÀ OÙ JE CONTINUE
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THÈME DÉFI # 922
Walrus nous dit :
Quoi ?
Vous auriez préféré " Cacochyme "
comme moi ...
LÀ OÙ JE CONTINUE
Je n’ai pas attendu la vieillesse pour devenir valétudinaire.
Le mot est venu me trouver bien plus tôt
À cinquante‑trois ans
Comme un verdict sans appel.
Je n’ai pas choisi cette lenteur
Ni cette immobilité
Ni ce pays étrange où l’on vit allongée comme on habiterait une île isolée.
J’y ai été projetée
Le rachis cervical brisé
Le corps marqué par des violences qui ont laissé des cicatrices visibles
Et d’autres que personne ne voit.
Depuis je vis dans un monde où chaque jour commence par une négociation avec la douleur.
Elle est là avant même que j’ouvre les yeux.
Elle me précède
Me suit
M’enveloppe.
Elle n’a pas besoin de frapper à la porte :
Elle vit ici
Avec moi.
Je pourrais dire que je m’y suis habituée
Mais ce serait mentir.
On ne s’habitue jamais vraiment à souffrir.
On apprend seulement à composer
À respirer entre deux vagues
À tenir debout intérieurement lorsque le corps
Lui
Ne peut plus.
Et dans cette vie couchée
Une autre présence s’est installée :
La peur.
Pas une peur spectaculaire non.
Une peur sourde
Tenace
Qui se glisse dans les interstices de mes pensées.
La peur que mon époux se lasse.
La peur qu’un jour il regarde ma fragilité comme un fardeau.
La peur qu’il se dise qu’il mérite mieux qu’une femme qui ne peut plus marcher
Plus sortir
Plus rire comme avant.
Je sais que cette peur vient de la douleur.
Je sais que c’est elle qui dramatise
Qui amplifie
Qui transforme chaque doute en catastrophe.
Je sais que mon cerveau
Épuisé
N’a plus la force de trier le vrai du faux
Mais savoir n’empêche pas de ressentir.
Alors parfois je lui dis :
《 Et si un jour tu en avais assez ? 》
Et lui
Avec cette façon un peu brusque qu’il a d’aimer
Me répond que je suis ridicule.
Ridicule de croire qu’il partirait.
Ridicule de penser que je ne suis plus agréable.
Ridicule de laisser la douleur me dicter des scénarios qui n’existent pas.
Je devrais le croire.
Je veux le croire
Mais la souffrance est une brume qui déforme tout
Même les certitudes les plus solides.
Pourtant il est là.
Jour après jour.
Il reste.
Il m’aide.
Il me parle.
Il s’agace parfois.
Il rit parfois.
Il vit avec moi dans ce pays valétudinaire où je n’aurais jamais voulu l’entraîner
Et dans ses gestes
Dans sa présence
Dans sa fidélité silencieuse
Il y a une vérité que la douleur ne peut pas effacer :
Je ne suis pas seule.
Je ne suis pas un poids.
Je suis une femme blessée oui
Mais vivante.
Une femme qui pense
Qui écrit
Qui ressent.
Une femme qui transforme l'immobilité en claivoyance
La lenteur en écoute
La fragilité en lucidité.
Je suis valétudinaire
Mais je ne suis pas abandonnable.
Je suis valétudinaire
Mais je suis aimée.
Je suis valétudinaire
Mais je suis encore moi
Entière
Sensible
Debout à l’intérieur.
Et peut‑être qu’un jour
Lorsque la douleur fera un peu moins d’ombre
Je verrai ce que lui voit déjà :
Que je vaux la peine que l’on reste.




Un mot que je découvre, un mot chargé de handicaps, de douleurs, un chemin de croix, physiquement, moralement une battante.... admiration ! Amitiés jill
RépondreSupprimerUn mot que je découvre aussi.
RépondreSupprimerEt je suis émue en te lisant... dans tous les sens du terme... On ressent ta souffrance, ta douleur, tes peurs... Que ton mari se lasse...
Béa kimcat
Merci Marie Sylvie pour le lien qui m'a donné la signification de ce mot que je ne connaissais pas.
RépondreSupprimerDéfi relevé avec Brio. Bravo.
Bises et bon samedi - Zaza
je sais par expérience qu'il est des croix très lourdes à porter, parfois la douleur s'estompe, mais quand les degats sont irréversibles les maux font partis du quotidien
RépondreSupprimerCourage marie Sylvie.