JE ME DÉPLIE DANS LA LUMIÈRE

 





Je n’ai pas toujours su que j’existais par moi-même.  
Longtemps j’ai marché dans des chemins que d’autres avaient balisés avant moi
Comme si ma vie devait suivre une carte dont je n’avais pas choisi les contours.  
Je croyais que la douceur attendue
La prudence apprise
La discrétion valorisée  
Étaient des qualités naturelles
Inscrites dans ma chair
Mais un jour quelque chose a craqué ...
Non pas en moi
Mais autour de moi.  
Un voile s’est déchiré
Et j’ai vu que je pouvais me regarder autrement.

Je me souviens du premier matin 
Où j’ai senti que ma pensée m'appartenait.
Il n’y avait rien d’extraordinaire : 
Une tasse tiède
Une fenêtre ouverte
Le monde qui bruissait comme d’habitude.  
Et pourtant
Dans ce simple décor
J’ai perçu une vérité neuve :  
Je n’étais pas un rôle
Ni une fonction
Ni une attente.  
J'étais un sujet.
Un être capable de dire 《je 》sans trembler.

Alors j’ai commencé à interroger les gestes que je faisais machinalement.  
Pourquoi cette réserve
Cette manière de m'exuser d'exister avant même d’avoir parlé  
Pourquoi cette habitude de me plier pour ne pas déranger
Pourquoi cette croyance que ma valeur dépendait du regard posé sur moi
Je n’ai pas trouvé de réponses simples
Mais j’ai compris que beaucoup de ces gestes ne venaient pas de moi.  
Ils venaient d’un monde qui m’avait précédée
D’un monde qui avait décidé
Sans me connaître
Ce que je devais être.

Je n’ai pas voulu me révolter en criant.  
Je me suis révoltée en pensant.
En me tenant droite dans ma propre conscience. 
En refusant de confondre l’héritage avec la fatalité.  
En apprenant à distinguer ce qui m’avait été transmis  
De ce que je voulais vraiment porter.

Peu à peu j’ai senti que je me dépliais.
Comme une page longtemps restée pliée en quatre
Où les mots n’avaient jamais pu s’étendre.  
Je me suis redonnée de l'espace.
J’ai laissé mes désirs respirer
Mes doutes s'exprimer
Mes élans se risquer hors des limites anciennes.

Et dans cette expansion
J’ai rencontré d'autres femmes. 
Non pas des modèles
Mais des compagnes de route. 
Chacune avançait à sa manière
Avec ses blessures
Ses forces
Ses contradictions.
Nous n’étions pas semblables
Mais nous partagions cette même volonté  
De ne plus être défininies par défaut.
De devenir
Chacune 
L'auteure de sa propre présence.


Aujourd’hui encore 
Je ne prétends pas être arrivée quelque part.  
Je chemine.  
Je me transforme.  
Je me questionne.  
Je me libère
Non pas une fois pour toutes
Mais chaque jour
Dans les gestes les plus simples.  
Et c’est peut-être cela la véritable conquête : 
Non pas un triomphe éclatant
Mais  une fidélité patiente à ce que je deviens.

Je ne suis plus l’ombre d’un récit ancien.  
Je suis la lumière que je me donne.
Je suis le souffle que je choisis.  
Je suis enfin celle qui dit  《 je 》
Et qui marche dans un monde  
Où rien n'est écrit d'avance.









Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, qu'importe son état, avoir son propre chemin au milieu des autres....une personne à part entière, capable de décisions au jour le jour, bravo, amitiés jill

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  2. Suivre son propre chemin... dans la lumière et malgré les coquilles de noix ou les cailloux...
    Bon jeudi chère Marie Sylvie
    Merci pour tes merveilleux commentaires qui m'enchantent à chaque fois déposés sur mon blog
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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  3. Coucou Marie Sylvie.
    Tu as réussi à te construire une personnalité qui n'appartient qu'à toi et qui correspond à ce que tu penses.
    Quelle victoire !
    Ce n'est pas toujours évident, j'en sais quelque chose.
    Bises et bon jeudi. Zaza

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