CHRONIQUE SANGLANTE ... DE PLEINE LUNE
La pleine lune.
Le silence s'épaissit.
Quelqu'un quelque part ne verra jamais l'aube. À chaque pleine lune, une histoire sanglante s'éveille ...
Il y a des nuits où la lune ne se contente pas d’éclairer.
Elle commande.
Elle s’impose au-dessus de la ville telle une présence ancienne
blanche et silencieuse
qui semble appeler ceux qui savent encore entendre.
Dans ces nuits-là
quelque chose se délie dans l’air
un souffle venu d’ailleurs
un frémissement qui glisse sous la peau
et murmure aux esprits les plus vulnérables.
C’est dans cette clarté trop pure
presque douloureuse
que naît La Voix Blanche.
Une voix sans mots
sans timbre
sans visage
une voix qui traverse la nuit comme un fil tendu entre le monde des vivants
et celui des ombres.
Elle ne parle pas : Elle guide.
Elle ne demande pas : Elle exige.
Et lorsque la lune est pleine
parfaitement ronde
parfaitement blanche
cette voix trouve toujours quelqu’un pour l’écouter.
La lune était haute
Trop haute
Comme si elle avait grimpé seule au sommet du ciel pour mieux dominer la nuit.
Elle ne brillait pas :
Elle palpitait
Lente
Régulière
Comme un cœur ancien qui battait au-dessus de la ville.
Il sentit l’appel avant même de sortir.
Un frisson dans la colonne vertébrale
Une vibration dans les paumes
Un souffle qui n’était pas le sien.
La lune parlait.
Pas avec des mots.
Avec une pression
Une poussée
Une intention.
Il ferma les yeux.
Le monde bascula.
Lorsqu'il les rouvrit
Il n’était plus tout à fait lui.
Quelque chose d’autre avait pris place derrière son regard
Une présence blanche
Une conscience sans visage
Un esprit qui ne connaissait ni le temps ni la pitié.
Il marcha.
La rue n’était plus une rue
C’était un chemin de cérémonie
Un sentier tracé par des générations d’ombres.
Les pavés vibraient sous ses pas
Comme si la terre reconnaissait le rituel
Et s’ouvrait pour le laisser passer.
Dans sa poche
Les objets sacrés attendaient.
Il les toucha un à un
Et chacun répondit par une pulsation chaude
Comme un animal endormi qui reconnaît la main de son maître.
La lune guidait ses gestes.
Elle inclinait sa tête
Ralentissait sa respiration
Accélérait son cœur.
Il n’était plus un homme :
il était un canal
Un passeur
Un instrument.
Lorsqu'il trouva celle que la lune avait choisie
il ne vit pas son visage.
Il vit son aura
Une lueur fragile
Un fil de lumière qui tremblait dans l’air.
La lune murmura.
Il obéit.
Le rituel commença.
Il disposa les fleurs comme on trace un cercle de protection.
Chaque pétale était une offrande.
Chaque geste une invocation.
Il sentait la présence blanche derrière lui
Immense
Silencieuse
Comme un esprit ancestral qui observe la danse d’un novice.
L’alliance fut posée au centre
Comme un sceau
Un point d’ancrage entre le monde des vivants
et celui des ombres.
Puis vint le maquillage.
Il ne peignait pas un visage
Il réveillait une mémoire.
Ses doigts glissaient comme s’ils suivaient un chemin déjà tracé
Un chemin qu’il n’avait pourtant jamais appris.
La lune descendit un peu dans le ciel.
La lumière devint plus dense
Plus lourde
Presque liquide.
Elle enveloppa la scène
La scella
La sanctifia.
Il recula.
Le rituel respirait.
La scène vibrait doucement
Comme un tambour lointain.
Alors la présence blanche parla enfin.
Une voix sans son
Une voix qui n’avait pas besoin d’air pour exister :
《 Tu n’es qu’un passage.
Recommence.》
Il inclina la tête.
Un geste de dévotion.
Un geste ancien.
Un geste appris dans un rêve qu’il n’avait jamais fait.
La lune pulsa une dernière fois.
Le rituel était accompli.
Et il savait que tant qu’elle serait pleine
Il marcherait encore
Porté par l’esprit blanc
Vers la prochaine offrande.
Alors la nuit peut enfin se retirer
non pas vaincue
mais repue.
La lune
elle
demeure un instant encore
immobile
blanche
souveraine
comme si elle voulait s’assurer que son appel
a bien été entendu jusqu’au bout.
Dans le silence qui suit le rituel
on perçoit encore la trace de la Voix Blanche
ce murmure sans mots qui traverse les esprits
et laisse derrière lui une vibration étrange
à mi-chemin entre la peur et la fascination.
Rien n’est vraiment terminé.
Rien n’est vraiment expliqué.
La lune ne clôt jamais ce qu’elle ouvre
Elle suspend
Elle attend
Elle revient ...
Et lorsque son disque parfait remontera dans le ciel
là où la lumière devient ordre
et l’ombre obéissance
la Voix Blanche trouvera de nouveau
celui ou celle qui saura l’écouter
Car certaines forces ne disparaissent pas.
Elles patientent.
Elles veillent.
Elles murmurent ...
Et sous la pleine lune
elles parlent toujours plus fort.



Bonjour Marie-Sylvie, ah rien qu'au titre de la chronique, je ne vais plus voir la lune pleine et ronde de la même manière ;-) merci, amitiés, jill
RépondreSupprimerOh une chronique sanglante une nuit de pleine Lune. C'est glaçant !
RépondreSupprimerBon mercredi chère Marie Sylvie
Bien amicalement
Béa kimcat