RADOTAGE UNIVERSITAIRE

 





DÉFI  # 918

De quoi parler un peu ...

















On disait que je radotais.
Mais eux… ah eux !
Ils avaient inventé un radotage de compétition
Un refrain de cour de récré 
Transposé dans les bancs trop sages de l’amphithéâtre.

Chaque lundi
Chaque mardi
Chaque jour pair ou impair
C’était la même litanie :
La teuf du week-end
La meuf du moment
Le keuf qui avait failli tout gâcher.

Trois mots en rime pauvre
Trois piliers d’un univers minuscule
Où l’aventure se résumait à un gobelet rouge
Un cœur hésitant
Et une fuite en baskets. 

Je les regardais
Ces futurs notables
Ces héritiers de dossiers impeccables
Ces apprentis cadres supérieurs qui parlaient
Comme si la vie se résumait à un épisode de série mal doublée.


Le radotage parfois
c’est juste l’enfance 
Qui refuse de rendre les clés.



Et moi dans tout ça
Je jouais les professeurs sévères
Les gardiennes du bon usage
Les veilleuses du verbe.

Je leur reprochais leur rituel
Leur boucle sonore
Leur vocabulaire cabossé qui tournait en rond
Comme un scooter sans pot d'échappement.

Mais au fond
Je les aimais bien dans leur chaos.
Ils radotaient pour se rassurer
Pour se reconnaître
Pour appartenir.

Et moi je radotais pour les réveiller
Pour les pousser un peu plus loin
Pour leur rappeler que les mots sont des portes
Pas des cages.


Chaque génération radote à sa manière.
L’important
C’est ce qu’elle finit par comprendre en chemin.










Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, eh oui... prof/élève, bel écrit, comme d'habitude.... merci, amitiés, jill

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