PARLER COMME SES ARRIÈRES-GRANDS-PARENTS


CONSIGNE AEV 2526 - 23






ÉCRIRE UN TEXTE AVEC DES MOTS TIRÉS DU
CHAPITRE 13


















Sur le banc moussu du square
Leurs godillots posés comme deux pierres d’angle
Armand et Léon regardaient filer l’après‑midi
Ce tantôt qui sentait la feuille morte et la bibine éventrée.
Leurs silhouettes
Enveloppées de paletots et de chandails fatigués
Semblaient sorties d’un vieux fricot de souvenirs.

 《 Tu sais Armand 》 dit Léon en tirant sur sa liquette
《 Les dictons c’est comme les douilles : 
Ça repousse chaque Printemps.》

《 Pour sûr ! 》 répondit Armand
《 Mais toi tu les cueilles toujours verts.》 

Ils se chamaillaient ainsi depuis des décennies
Deux cadors de la sagesse bancale
Deux philosophes de comptoir sans rouquin ni picrate 
Deux survivants de l’époque des gibecières
Des sarraus 
Des pick-up et des zazous.


 《 Qui sème le vent récolte la tempète ! 》  lança Léon fier comme un coq qui biche.  

 《 Mazette ! 
Tu me l’as déjà servie cent fois ta tempête ! 》soupira Armand. 
《 Et tu l’as même mélangée avec  " À cheval donné on regarde les grolles" . 》

 《 Ben quoi !? 》 fit Léon
《 Les proverbes voyagent. 
Ils décarrent.
Ils gambillent.
Ils font la nouba dans la tête.》

Une mouflette passa en courant
Son tricot de peau trop grand flottant comme une voile.  

Armand la suivit du regard attendri.  

 《 Aujourd’hui les jeunes disent  "c’est mortel "
"C’est du tonnerre 
"C’est terrible ".
 Nous on disait  " c’est "chouette"
" C’est bath ".  》

Et avant nous nos vieux disaient  
《 c’est croquignolet  ! 》 ajouta Léon. 
《 Chaque époque tricote son propre langage.》

Le vent se leva
Léger
Presque tendre.  
Léon sortit de son cabas une baveuse encore tiède.  

 《 Tiens ! prends. 
C’est mon présent du jour. 》

《 Tu veux que je casque encore la douloureuse  ? 》

 《 Non ! 》 dit Léon. 
《 Aujourd’hui on partage. 
Comme hier. 
Comme demain si demain existe encore.》

Armand sourit
Un sourire qui avait traversé les guerres
Les deuils
Les cellulaires et les panier à salade
Les joies minuscules et les grandes peurs.  

 《 Tu sais Léon… 
Les dictons c’est peut‑être tout ce qu’il nous reste pour tenir debout. 》

 《 Alors disputons‑nous encore 》 répondit Léon. 
《 Tant qu’on se dispute on vit.》

Et leurs voix
Pleines de rides et de lumière
Montèrent doucement dans l’air du soir
Comme deux vieilles chansons qui refusent de mourir.









Commentaires

  1. ,-) il me revient en mémoire le film, les vieux de la vieille... 1960 à voir ou revoir, merci, amitiés, jill

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  2. Rose63 Golondrina63Auv11 avril 2026 à 04:04

    J'ai dans ma tête QQ souvenirs de mes grands parents
    Ils avaient peu d'argent
    Mais ils étaient entraînant
    @ ma façon je vais dérouler
    Ces doux moments, comme si mon grand père me parlait
    Dans l’temps, mon p’tit, dans l’temps, ça chantait
    Ça causait dru, ça riait sans compter
    Dans l’temps, mon p’tit, dans l’temps, ça roulait
    Comme une valse au zinc, un peu bancale, un peu givrée.
    On disait " fiston », on disait "ma mie "
    On tournait, tournait, jusqu’à l’bout d’la nuit
    On disait " fiston ", on disait " ma mie "
    Et l’monde tanguait doux, comme un vin trop joli.
    Dans l’temps, tu vois, dans l’temps ça valdingue
    Les mots s’répètent, et le cœur fait la bringue
    Dans l’temps, tu vois, dans l’temps ça valdingue
    Et ça radote encore… tant qu’la vie nous bringue
    Comme si j'étais encore au coin de la cheminée
    Chez nous les veillées étiaient sacrées
    Cousins cousines et parfois les gens du quartier...
    Et aujourd'hui je me dis
    Et ça radote encore… tant qu’la vie nous bringue
    La vie qu'es-tu devenue?
    Ô rage, ô toi la vie, la vie, qu’es-tu devenue ?
    Bonne journée
    Rose

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