LE DOMAINE DES PEURS DOUCES

 





https://croqueursdemots.over-blog.com/2026/04/defi-325-mene-joyeusement-par-zaza.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail


Ou

https://zazarambette.fr/defi-n-325-chez-les-croqueurs-de-mots-annonce












Pour ce nouveau défi des Croqueurs de Mots, Zaza nous a proposé une entrée en matière qui a éveillé mon imaginaire :  

《 Imaginez deux jeunes gens en quête d'aventures qui découvrent un un vieux grimoire de recette de vin dans un domaine vinicole.
Soudain, 
ils entendent un bruit inquiétant. 
Ne seraient-ils pas seuls, 
quelqu'un les suivrait-il ? 》

À partir de cette phrase, 
j’ai eu envie de vous emmener dans une histoire où la nuit s’épaissit, 
où le vin murmure, 
où l’ombre tremble… mais où la peur se révèle parfois plus douce qu’on ne le croit.  
Une aventure un peu brumeuse, 
un peu ivre, 
un peu magique ... comme ces moments où l’on ne sait plus très bien si l’on rêve 
ou si l’on se souvient.

Voici donc ma version, 
tissée entre mystère, 
poésie et un brin d’abracadabrantesque.












Ils marchaient depuis longtemps déjà
sans vraiment savoir pourquoi leurs pas les avaient conduits jusqu'au domaine. 
Le soir tombait en poussière violette 
Et les vignes alignées telles des prières 
semblaient respirer dans la lumière qui s'effilochait.

Le chai les accueillit avec un souffle tiède
presque humain.

L'air vibrait d'odeurs profondes : 
Fruits mûrs
Bois qui se souvient.
Ils avançaient comme on avance dans un rêve
Sans bruit
Sans poids
Avec cette sensation étrange que le monde les observait.
Le grimoire les attendait.

Posé sur une table bancale il semblait luire de l'intérieur
Comme si une braise ancienne y dormait encore.

Lorsqu'ils l'ouvrirent un souffle de vendanges oubliées s'échappa
Mêlé à une poussière dorée qui monta dans l'air tel un essaim de lucioles.

Les pages bruissaient toutes seules 
Frémissantes
Comme si elles cherchaient la bonne histoire à leur offrir.

Des mots apparaissaient
Disparaissaient
Se réécrivaient dans une encre mouvante
Couleur de nuit profonde.

Puis le bruit survint.

Un froissement d'abord léger comme une aile.
Puis un pas
Étouffé
Hésitant.
Puis un autre
Plus proche
Plus lourd.

Le silence se tendit autour d'eux
Vibrant comme une corde prête à rompre. Quelque chose approchait
Glissant entre les barriques
Respirant avec lenteur
Comme si le chai lui-même se réveillait.

Ils se regardèrent.
Dans leurs yeux la même question muette :
Et si le grimoire n'était pas le seul à s'être éveillé ce soir ?




Le chat resta immobile un instant
Comme s’il évaluait la tempête d’émotions qu’il venait d’interrompre.  
Ses yeux 
Deux petites lunes dorées
Reflétaient encore les ombres que les deux jeunes gens avaient cru voir danser dans le chai.

Il avança d’un pas lent
Presque cérémonieux.  
Rien d’inquiétant.  
Rien de fantastique.  
Juste la démarche tranquille d’un être qui connaît les lieux mieux que quiconque
Et qui n’a pas peur de la nuit.

Ils se penchèrent vers lui
Encore tremblants
Encore un peu ivres
Encore enveloppés de ces visions nées du vin et du grimoire.
Le chat posa sa tête contre leurs mains
Comme pour dire :  
《 Vous êtes en sécurité. 
Vous êtes ici. 
Revenez au réel.》

Le chai soudain sembla respirer plus doucement.  
Les barriques ne frémissaient plus.  
La poussière dorée n’était qu’un rayon de lune glissé par une fente du toit.  
Et le grimoire
Refermé sur ses secrets
Ne vibrait plus que d’un souffle tiède
Presque affectueux.

《 C’est fou ce que l’on a imaginé…  》

《 Oui. 
Mais peut-être que l’on avait besoin d’imaginer.》

Le chat ronronna
Un ronron profond
Rond
Qui vibrait telle une note grave dans le silence.
Un son qui semblait dire :  
Les peurs ne sont que des ombres.
Les ombres ne sont que des histoires
Et les histoires… vous appartiennent.

Ils s’assirent sur le sol
Le dos contre une barrique
Le chat lové entre eux.  
L’ivresse se faisait plus douce
Plus tendre
Comme une brume qui se dissipe sans brusquerie.  
Ils se mirent à feuilleter le grimoire à nouveau
Mais cette fois avec un sourire
Sans crainte
Comme on lit un vieux carnet de famille.

Les recettes prenaient un autre sens.  
Elles parlaient de patience
De transformation
De lumière qui mûrit dans l’obscurité.  
Elles parlaient de temps
De confiance
De ce qui se construit lentement.

 《 Tu crois que le chat … 》

《 Oui ?  》

《  …qu’il garde le domaine ?  》 

《 Peut-être qu’il garde surtout ceux qui s’y perdent.》

Le chat cligna des yeux comme s’il approuvait.  
Puis il se leva
Fit quelques pas
Et se retourna pour les inviter à le suivre.  
Non pas vers un mystère
Mais vers la sortie
Vers l’air frais
Vers la nuit calme.

Ils le suivirent
Et en franchissant la porte du chai
Ils comprirent que l’aventure n’était pas dans les monstres imaginaires…  
Mais dans la façon dont la nuit
Le vin 
Et un simple chat avaient réveillé en eux quelque chose de plus vaste :  
Le goût de rêver
Même éveillés.

Et tandis que la nuit refermait son velours
Ils comprirent que même les frayeurs inventées peuvent éclairer le chemin
lorsqu'un simple chat en porte la lumière.









Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie.... très belle version pour ce défi Croqueurs, bravo, heureuse journée, amitiés, jill

    RépondreSupprimer
  2. Une lecture pleine de magie et de douceur. Tu viens de me régaler.
    Merci pour cette brillante participation.
    Bises et bon début de semaine, Marie Silvie.
    Zaza

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

CROQUEURS DE MOTS # 308

BIENVENUE

ADDICTION À L'ALCOOL