DANS L'OMBRE DES PUISSANTS

 





Il y a une vingtaine d’années
j’ai vécu une histoire qui
sur le moment
m’a semblé banale ... presque normale
tant l’injustice sociale peut parfois se fondre dans le quotidien.  
J’étais femme de ménage chez des médecins dans une maison où le confort semblait aller de soi. 
Un matin un simple dossier entrouvert a suffi à faire basculer l’équilibre : 
J’y ai découvert une fraude tranquille
assumée
protégée. 

À partir de là tout s’est refermé sur moi
 Les humiliations
Les tâches multipliées
Et même l’intervention d’un policier "ami de la maison ".

Ce texte n’est pas une vengeance.  
C’est un témoignage.  
Celui d’une femme invisible à qui l’on a rappelé sa place
et qui a compris ce que signifie vraiment le mot pouvoir lorsqu'il s’exerce contre les plus fragiles.

Vingt ans ont passé
mais ce que j’ai vécu
d’autres le vivent encore.  
C’est pour elles que je raconte.










Je suis femme de ménage.  
Pas " aide "
Pas  "intervenante "
Pas  "petite main ".
Femme de ménage.  
Un métier que l’on prononce à voix basse
Comme si la poussière que j’enlève pouvait salir ceux qui m’emploient.

Je travaille dans les maisons des puissants.  
Ceux qui parlent d’éthique en public 
Et d’avantages en privé.  
Ceux qui soignent les corps 
Mais oublient les vies qui nettoient leurs sols.

Un matin en rangeant le bureau de madame 
J’ai vu ce que je n’aurais jamais dû voir :  
Une demande d’inscription à l’ANPE

Quatre cents euros.  
Pour ses bijoux.  
Pour son maquillage.  
Pour ses caprices.

Pendant que moi je comptais les centimes pour finir la semaine.

Voilà la vérité de ce pays :  
Les pauvres doivent prouver qu’ils sont pauvres
Les riches n’ont qu’à signer un papier pour le devenir.

Je n’ai rien dit
Mais dans ce monde voir suffit pour être punie.

Le lendemain madame m’a transformée en esclave moderne.  
Des tâches inventées
Des reproches fabriqués
Des humiliations servies comme des consignes.  
Elle voulait me rappeler que dans sa maison 
La fraude était un privilège réservé.

Puis elle a sorti son arme la plus efficace.
Un ami policier.  
Un uniforme pour me faire taire.  
Des contrôles répétés
Des PV tombés du ciel
Des accusations sans preuve.  
La loi détournée pour protéger le mensonge.

Voilà comment on écrase les invisibles.
Pas avec des cris
Mais avec des amendes
Des regards hautains
Des tâches impossibles
Des réseaux qui se referment comme des pièges.

Je suis femme de ménage.  
Je n’ai pas d’avocat
Pas de relations
Pas de bouclier social.  
J’ai mes mains.  
Et ma dignité.

Je n’ai jamais dénoncé madame 
Parce que dans ce pays la vérité n’a pas le même poids selon qui la porte.  
Parce que les puissants ont des amis ...
Et les pauvres ont des factures.

Mais aujourd’hui je parle.  
Pas pour moi.  
Pour toutes celles qui se lèvent à cinq heures
Qui nettoient les traces des autres
Qui encaissent les humiliations
Qui subissent les abus de pouvoir
Qui vivent dans un monde où la moindre erreur leur coûte plus cher qu’un mensonge de riche.

Je parle parce que le silence est devenu une forme de complicité.  
Je parle parce que notre travail mérite le respect.  
Je parle parce que les invisibles ne le resteront pas éternellement.

Nous sommes des milliers.  
Et nous valons autant que ceux qui nous ignorent.



Vingt années ont passé
Et ce souvenir reste simplement 
Comme un rappel de ce que vivent 
Tant de femmes invisibles.







L'ÉCHO DE LA PLUME PAR MARIE SYLVIE

Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie... Il a des gens qui respectent leur femme de ménage, bienvenue d'autres... Elles doivent en voir de toutes les couleurs, sans oser dire, des femmes courage ! Merci, amitiés, jill

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  2. C'est un sacré souvenir, Marie Sylvie.
    Merci pour ce témoignage.
    Bises et bon mardi - Zaza

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  3. Un témoignage puissant...
    Il n'a pas de sot métier...
    J'apprécie et je respecte beaucoup la petite femme de ménage de ma résidence...
    Bon mardi chère Marie Sylvie
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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