NOVEMBRE 2015 ... LE JOUR OÙ LE MANS A RETENU SON SOUFFLE



NOVEMBRE 2015
LE JOUR OÙ LE MANS A RETENU SON SOUFFLE





Il y a des mois qui marquent une vie 
plus profondément que d'autres.
Des mois où une ville entière semble changer 
de respiration, 
où les rues deviennent des miroirs de nos peurs et de nos espoirs. 
Novembre 2015 fut l'un de ces mois 
pour Le Mans ... et pour moi.

Ce que j'ai vécu alors, 
je ne l'ai jamais vraiment oublié.

J'en porte encore les traces 
comme une cicatrice qui ne se voit pas 
mais qui continue de brûler.

Aujourd'hui, 
j'ai choisi de raconter ce moment :
Non pour raviver la douleur
mais pour éclairer ce qu'il a laissé derrière lui.

Voici l'histoire d'un espoir bref, 
d'une présence rassurante 
et d'un départ qui a tout changé.






Novembre 2015.  
Ce mois-là la ville semblait retenir son souffle. Après l’attentat Le Mans avait changé de 
visage : 
Les rues étaient plus silencieuses, 
les regards plus lourds, 
les pas plus rapides. 
Puis un matin les militaires sont apparus.  
Ils marchaient par deux ou trois, 
armes en bandoulière, 
silhouettes droites, 
presque irréelles dans le décor familier de la Sarthe
Leur présence, 
d’abord surprenante, 
a vite pris des allures de promesse : 
Celle d’un monde où l’on pourrait, 
peut-être, 
respirer à nouveau.

Je me souviens de ce premier jour où je les ai vus depuis le tramway.  
Les passagers n’étaient plus les mêmes.  
Il y avait ceux qui détournaient les yeux
comme si la peur les avait soudain rattrapés. 
Et puis ceux qui, 
au contraire, 
accéléraient le pas, 
un sourire discret aux lèvres, 
soulagés de sentir une protection tangible autour d’eux.  
Certains levaient le pouce en signe de gratitude. D’autres plus nerveux se glissaient dans les ruelles ou derrière les buissons pour éviter l’autorité retrouvée.  
Et il y avait ces sourires immenses, 
presque enfantins, 
qui semblaient prêts à se transformer en accolades. 
Comme si d’un geste on pouvait remercier ces soldats d’avoir chassé les ombres qui hantaient nos nuits et assombrissaient nos jours.

Pendant quelques semaines la ville a vécu dans cette parenthèse étrange : 
Un mélange de tension et de réconfort, 
de crainte et d’espoir.  
Puis aussi soudainement qu’ils étaient arrivés, les militaires ont disparu.

Le changement fut immédiat.  
Les démarches rapides sont redevenues traînantes.  
Les sourires se sont effacés.  
Les pouces levés se sont réfugiés au fond des poches.  
Et les hors‑la‑loi, 
eux, 
ont repris leur place comme si rien n’avait existé. 
Comme si la parenthèse n’avait été qu’un rêve trop court.

J’ai longtemps repensé à ce régiment.  
À ce qu’il avait représenté pour nous : 
Un souffle, 
un espoir, 
une illusion peut-être
mais une illusion qui nous avait permis de tenir debout.  
Et puis à ce qu’il avait laissé derrière lui : 
Un vide, 
une colère sourde, 
une question qui me poursuit encore.

À quoi servent ces hommes engagés
s’ils ne voient pas l’ennemi qui se cache à visage découvert parmi nous ?  

À quoi bon avoir l’œil entraîné 
si cet œil ne remarque pas ce que nous simples habitants percevons chaque jour ?

Les années ont passé.  
Nous sommes en 2026.  
Je suis invalide depuis le 26 Novembre 2018.  
Eux, les autres… où sont-ils ? 
Que sont-ils devenus ?

Il existe quelque part à Le Mans deux ou peut-être trois tas de pierres, 
entassées comme des talus.  
On dit que chaque pierre représente une vie ôtée.  
Un mémorial silencieux, 
ignoré, 
presque effacé.  
La gloire d’un Caïd qui continue sa route en toute liberté, 
sans jamais être inquiété.  
Parce que ce jour-là personne n’a rien vu.  
Rien remarqué.  
Rien empêché.  
Dans une ville pourtant saturée de banditisme.

Ce récit je le dédie à ceux qui ont pleuré comme moi : 
D’abord de tristesse
puis de colère.  
À ceux qui ont cru, 
l’espace d’un instant, 
que quelqu’un venait nous sauver.  
Et qui ont vu cet espoir s’éloigner
comme un convoi qui disparaît au bout d’une rue.



Aujourd’hui encore, 
il m’arrive de repenser à ces silhouettes en uniforme qui traversaient la ville comme des ombres protectrices. 
Leur passage fut bref, 
presque furtif
mais il a laissé en moi une trace que le temps n’a pas effacée. 
Peut‑être parce qu’il a révélé quelque chose de plus profond : 
Notre besoin de croire, 
ne serait‑ce qu’un instant, 
que quelqu’un veille sur nous.  
Mais la réalité, 
elle, 
ne s’efface pas aussi facilement.  
Elle revient, 
obstinée, 
avec ses rues familières, 
ses dangers silencieux, 
ses injustices qui persistent.  
Alors j’écris.  
Pour ne pas oublier.  
Pour donner un visage à ce que l’on tait trop souvent.  
Pour que ces instants, 
ces peurs, 
ces espoirs fragiles ne disparaissent pas dans l’indifférence.  
Et peut‑être aussi pour rappeler que, 
même lorsque les sentinelles s’en vont, 
il reste toujours quelqu’un pour raconter ce qui a été vécu.













Commentaires

  1. En mars 2016 à Bruxelles, aéroport et rame de métro pour notre part, ça laisse des séquelles, surtout pour les victimes ces attentats sanglants, pensées jointes pour vous, amitiés, jill

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  2. Terribles ces attentats traumatisants et meurtriers.
    Pensées pour les victimes de cette barbarie.
    Ton texte est poignant...
    Bon dimanche chère Marie Sylvie
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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