LOGORALLYE ANIMALIER
CONSIGNE D'ÉCRITURE AEV 2526-19
ÉCRIRE UN TEXTE
APRÈS AVOIR SÉLECTIONNÉ DOUZE EXPRESSIONS FRANÇAISE EN RAPPORT AVEC DES ANIMAUX
QUI A DÉJA PROUVÉ QU'ELLE SAVAIT SURVIVRE
On dit souvent que je devrais avoir une mémoire d’éléphant mais la vérité est plus fragile.
Le coma a laissé derrière lui des chambres vides,
des couloirs sans portes,
des paysages où les visages se dissolvent comme de la buée sur une vitre.
Alors j’avance doucement en tâtonnant
et j’écris pour que les souvenirs reviennent
non pour les retenir de force
mais pour leur offrir un chemin vers moi.
Parfois ma main tremble
et je me retrouve avec une écriture de cochon,
irrégulière,
cabossée,
comme si chaque lettre devait se frayer un passage à travers mes muscles fatigués.
Mais je continue.
Parce que chaque mot posé est une victoire,
un souffle repris,
une preuve que je suis encore là.
Je n’ai jamais su avoir une langue de vipère. Même aujourd’hui alors que la vie m’a bousculée,
mes mots préfèrent la douceur aux piqûres. Pourtant il m’arrive d’être aux abois,
lorsqu'un souvenir refuse de revenir,
lorsqu'une date se dérobe,
lorsqu'un nom se cache derrière un rideau de brume.
C’est une détresse silencieuse,
une inquiétude qui ne crie pas mais qui serre la poitrine.
Alors je décide de prendre le taureau par les cornes.
Je m’assieds,
je respire,
je laisse venir ce qui veut bien venir.
Je me donne un mal de chien pour retrouver les fragments,
pour recoller les morceaux,
pour reconstruire ce puzzle dont certaines pièces semblent s’être envolées.
C’est un travail patient presque artisanal,
un travail de brodeuse qui reprend un fil perdu.
Il y a des jours où je me sens le dindon de la farce lorsque ma mémoire me joue des tours,
lorsqu'elle me laisse croire qu’elle revient pour mieux s’échapper.
Je pourrais rire si ce n’était pas si déroutant.
Et parfois oui j’aimerais faire l’autruche,
enfouir ma tête sous les draps,
attendre que tout se remette en place tout seul comme par magie.
Mais je sais que la nuit tous les chats sont gris
et que les contours se redessinent au matin.
Les souvenirs aussi.
Ils reviennent par petites touches,
par éclats,
par parfums.
Une odeur de savon,
un rayon de soleil sur le mur,
un bruit de pas dans le couloir…
et soudain quelque chose s’éclaire.
Parfois un détail suffit à mettre la puce à l’oreille,
à réveiller une scène entière que je croyais perdue.
D’autres fois il faut me tirer les vers du nez,
me laisser le temps de retrouver le fil,
de rassembler les morceaux épars.
Je cherche,
je fouille,
je tends l’oreille à ma propre mémoire comme on écoute une mer lointaine.
Et lorsqu'enfin l’image se forme,
je reste là,
immobile,
avec des yeux de merlan frit,
étonnée,
émue,
reconnaissante.
J’écris non pour dire adieu mais pour dire encore.
J’écris pour que la vie continue de circuler en moi même dans les zones d’ombre.
J’écris pour que les souvenirs reviennent même s’ils arrivent en désordre,
même s’ils trébuchent,
même s’ils se cachent.
J’écris parce que la mort annoncée il y a sept ans m’a laissée tranquille ...
et que je compte bien profiter de ce sursis,
de cette victoire silencieuse,
de cette renaissance inattendue.
Si ce sont là les confidences d’une mourante
alors je veux bien continuer longtemps à mourir ainsi :
C’est-à-dire,
chaque jour,
à renaître un peu plus.




;-) un mot Bravo !! Amitiés, jill
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