LE JOUR OÙ J'AI VOULU TOUT RENOMMER

 



DÉFI  # 323







ÉCRIRE UN TEXTE INTÉGRANT DES MOTS DE 
 REMÉMORANT LORS DE NOTRE PASSÉ SCOLAIRE
 NOTRE REGARD SUR L'AVENIR



 













Lorsque j’étais enfant
Avant même que la soupe ne fume dans les assiettes
Je devais alunir dans l'état civil familial
Comme si chaque repas exigeait un voyage sidéral.  
Je récitais les prénoms
Trois chacun
Une constellation par personne
Les dates
Les lieux
Les ascendances
Comme on récite une théorie sacrée 
Dont dépendrait l’équilibre du monde.

Si une syllabe glissait
Si une particule de vérité se déplaçait
Le repas m’était retiré.  
Alors j’apprenais
J’anticipais
Je recomposais  
La grande litanie des huit
Parents
Filles
Jumeaux
Et moi la dernière 
Gardienne involontaire du registre familial.

À l’école 
Ma maîtresse était aussi le maire du village.  
Je la regardais 
Comme on regarde une humanoïde  
Capable de planifier le réel.
Elle avait ce pouvoir étrange :  
Signer les naissances
Sceller les noms
Ordonner les calendriers.

Un jour j’ai osé lui demander s’il serait possible
D’inventer un monde plus simple
Un monde où chacun n’aurait qu’un seul prénom
Clair telle une étoile isolée dans la nuit.  
Une seule ville pour naître
Pour aimer
Pour mourir.  
Un monde sans calendrier
Où le temps ne serait plus une suite de cases
Mais un continuum doux
Sans punition
Sans récitation obligatoire.

Je rêvais d’un avenir non pas dystopique
Mais transmuté
Où les enfants n’auraient plus à prouver leur droit de manger  
En récitant les archives du sang.
Un avenir où les noms seraient légers
Où les jours ne seraient plus comptés
Où l’on pourrait grandir sans trembler 
Devant une erreur de mémoire.

Dans ce rêve
Je voyais une humanité qui se déployait  
Telle une grande respiration
Libérée des contraintes anciennes
Capable de se réinventer  
Sans effacer ce qui fut douloureux
Mais en le transformant  
En force
En lumière
En chemin.

Et peut-être que ce rêve d’enfant n’était pas si naïf.  
Peut-être était-ce déjà la première tentative  
De programmer un avenir meilleur.










Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, c'est choquant de lire qu'il fallait mériter son repas, enfant... Grandir en tremblant laisse des traces, on peut comprendre l'envie d'un autre monde d'adultes "raisonnables".... merci, amitiés, jill

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  2. Coucou Marie Sylvie.
    Un défi pour les croqueurs de mots qui rebondit avec ta lettre adressée à ton institutrice, que j'ai lu dernièrement. Bel exercice.
    Bises et bon début de semaine. Zaza

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  3. Avec une enfance si dure, si rude, si moche, il fallait bien que tu rêves et que tu te programmes un avenir meilleur...
    Bon lundi chère Marie Sylvie
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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