LÀ OÙ LES CHAÎNES SE DÉNOUENT

 


MIL ET UNE ENCORE





LE MOT :  CHAÎNE

L'IMAGE :













Je regarde ces roulottes avancer lentement sur la route
Et quelque chose en moi se soulève
Tel un souvenir ancien qui remonte à la surface. 
Depuis l’enfance un rêve m’habite : 
Celui de briser les chaînes invisibles qui retiennent à la vie moderne
À ses obligations qui s’empilent
À ses conventions qui étouffent.

Longtemps j’ai imaginé une existence où la poésie ne s’écrit pas seulement ...
Elle se vit.
Une vie où l’on marche au rythme des chevaux
Où l’on écoute le vent avant de décider
Où chaque matin porte l’odeur d’un ailleurs possible.

Mais on m’a raconté de vilaines choses sur ceux qui vivent autrement.  
On m’a appris à craindre ce que j’admirais
À détourner les yeux de ces routes libres
À croire que la différence était une menace.  
Alors j’ai rangé mon rêve dans un coin de moi
Comme on range un trésor trop fragile pour le montrer.

Pourtant il n’a jamais cessé de respirer.  
Il s’est fait discret
Mais il a continué à battre
Quelque part sous la peau.  
Et aujourd’hui en voyant cette caravane colorée avancer au bord de la mer
Je sens ce rêve se redresser
Ouvrir les bras
Réclamer sa place.

Je comprends que la liberté n’est pas toujours une destination.  
Parfois elle commence dans la manière de regarder le monde
Dans la façon de refuser les chaînes que l’on ne voit plus
Dans le courage de rester fidèle à ce qui appelle depuis longtemps.

Je ne vis pas dans une roulotte.  
Je ne suis pas partie sur les chemins.  
Mais je porte en moi cette part nomade
Cette part qui sait que la poésie peut être un mode de vie
Même immobile.  
Et chaque fois que je croise une caravane
Un cheval
Un horizon ouvert
Je sens ce rêve d’enfant se remettre à marcher
Lentement
Obstinément
Vers la lumière.



Les chaînes les plus lourdes sont celles 
que l’on ne voit plus
pourtant il suffit parfois d’un pas hors du bruit pour que la route intérieure se remette à respirer
car rien n’entrave plus sûrement que la peur 
et rien ne libère plus vite qu’un rêve qui refuse de mourir.

La lenteur d’un cheval rappelle 
alors que la liberté marche toujours à nos côtés
et même immobile
aucun rêve n’arrête vraiment d’avancer. 










Commentaires

  1. Début de commentaire parti plus vite que son ombre !🤣
    Je reprends ..
    J'aurais aimé passer des vacances sur les routes et gypsy caravan.
    Bises et bon samedi. Zaza

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  2. Une vie à part, nomade, pas tjs bien accepté ici et là, mais libre... amitiés, jill

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  3. Voyager en roulotte tirée par des chevaux... Mon rêve alors j'ai apprécier ta balade... sans chaînes...
    Bon samedi chère Marie Sylvie
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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  4. Ce que tu écris si joliment me rappelle un vieux poème que j'ai mis en prologue dans la suite de mon roman "L'arbre qui ne voulait pas mourir" :
    La ballade du vieux voyageur

    Je reste un voyageur. Je marche dans ma tête
    Où tous mes souvenirs deviennent des chemins.
    Ô oui, je me souviens du soleil, des tempêtes,
    De la fraîche rosée emperlant les matins !

    Je me souviens du vent lorsqu’il gonflait les voiles
    De tous ces fiers vaisseaux où je fus clandestin.
    Je montais sur le pont aux premières étoiles
    Respirer l’air du large à l’insu des marins.

    Je me souviens de l’onde claire des ruisseaux,
    Du murmure furtif des sources cristallines…
    Mes oreilles résonnent du chant des oiseaux
    Et mes yeux voient encore les monts, les collines,

    Les vergers pleins de fruits et les forêts touffues,
    Les lacs aux eaux profondes et les océans…
    Des temples interdits aux rives inconnues,
    Je marche et marche encore et je me fous des ans,

    Du temps qui m’a usé le corps jusqu’à la corde,
    Qui m’a raidi les os et blanchi les cheveux.
    Je marche dans ma tête avant que la Mort morde
    À pleines dents ma vie. Je suis déjà si vieux !

    A-M Lejeune

    Plein de bisous doux Marie-Sylvie. Bonne journée
    An'Maï

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