CHANGEMENT D'HEURE MARS 2026
Ce Dimanche 29 Mars 2026 on change d’heure. Encore.
Alors pour sourire un peu devant cette manie de déplacer le temps comme un meuble
j’ai ressorti un texte écrit il y a une cinquantaine d’années.
J’y avais huit ans
des bottes trop grandes
et la ferme pour royaume.
J’y racontais
très sérieusement
combien ce changement d’heure compliquait la vie des animaux … et la mienne.
Dans la ferme tout dort encore.
Le ciel est gris telle une couverture que l’on n’a pas envie de soulever.
Moi j’ai huit ans et je marche dans la cour avec mes bottes trop grandes
en râlant tout bas parce que l’on m’a dit :
《 On avance d’une heure. 》
Comme si le temps ça se poussait du coude.
Les poules elles s’en fichent.
Elles clignent des yeux
la tête de travers
et je jurerais qu’elles disent :
《 Nous on pond quand on veut. 》
Elles ont raison les poules
elles ne lisent pas les horloges.
Les vaches elles me regardent arriver avec mon seau.
Elles soufflent un nuage chaud dans l’air froid.
Elles ne comprennent pas pourquoi je viens si tôt
et moi non plus à vrai dire.
Leur lait n’a pas changé d’heure lui.
Il coule comme il coule
dans le rythme lent du monde qui ne se presse jamais.
Les chevaux tapent du sabot
pas contents que l’on bouscule leur matin.
Ils ont des yeux qui disent :
《 On ne réveille pas un cheval avant son soleil.》
Je leur donne une caresse pour m’excuser
mais je ne suis pas responsable moi
c’est les grands qui déplacent les aiguilles.
Les chiens eux sont tout contents.
Ils pensent que je me lève plus tôt pour jouer.
Ils tournent
ils sautent
ils aboient
ils font la fête à cette heure nouvelle comme si c’était un cadeau.
Je les envie un peu.
Les chèvres évidemment protestent.
Elles protestent toujours.
Elles bêlent comme si on leur avait volé leur minute préférée.
Elles exagèrent mais je les comprends.
Et les chats…
Ah, les chats.
Ils me regardent passer avec un mépris royal.
Pour eux le temps est un coussin.
Ils dorment dessus
ils s’étirent dessus
et personne ne leur dira jamais quand ouvrir un œil.
Moi je fais ma tournée.
Je donne
je ramasse
je caresse
je râle
et je me dis que ce serait plus simple
si on laissait les heures tranquilles
comme les pierres
comme les arbres
comme les animaux qui savent mieux que nous.
De nos jours.
Et puis … une cinquantaine d’années plus loin
la ferme a disparu
les animaux aussi
les voix du matin se sont tues.
Moi je respire encore.
Je marche dans un autre temps
mais ce Dimanche-là
Comme tous les autres
Il faut encore changer d’heure.



A huit ans, bravo, j'ai connu deux fermes dans ma rue d'enfance, qui ont fait place à une cité.... merci, amitiés, jill
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