L'ÉVASION IMMOBILE

 




MIL ET UNE  ENCORE ...


SUJET # 175 

LE MOT : 

L'IMAGE :







Je regarde ce banc comme on regarde un seuil.
Il ne mène nulle part 
Et pourtant il ouvre. 
Il est posé là
Fragile
Un peu de travers
Comme si le monde l'avait sculpté sans vraiment y penser.
Et moi immobile depuis tant d'années 
Je sens en lui une invitation silencieuse.

Je ne marche plus 
Mais je contemple. 
Et dans cette contemplation quelque chose se déplace.
L'eau devant moi ne bouge presque pas. 
Elle retient la lumière 
La retourne 
La transforme.
Elle me montre un paysage que je ne peux plus atteindre 
Mais que je peux encore habiter.

Je laisse mon regard glisser sur la surface
Comme on laisse une main suivre le grain du
bois.
Je sens la lenteur du monde 
Sa respiration profonde
Sa manière de continuer sans bruit. 
Et dans cette lenteur je me reconnais.

Je ne suis pas sortie depuis des années 
Mais je n'ai jamais cessé d'être traversée par le dehors.
Il entre par les images
Par les souvenirs
Par cette soif intacte de sentir la terre 
Même de loin.

Je m'assieds en pensée sur ce banc. 
Je sens son équilibre précaire 
Sa force discrète
Sa fidélité au lieu.
Il ne promet rien.
Il ne demande rien.
Il est là simplement.
Et moi aussi je suis là.

Dans cette immobilité partagée 
Je découvre une forme de paix. 
Une paix qui ne ressemble pas à la résignation
Mais à une écoute.
Une paix qui me dit que je peux encore être présente
Même sans mouvement.


Je reste un moment
À regarder l'eau
À écouter le silence
À laisser le monde venir jusqu'à moi.
Et je comprends que l'évasion n'est pas toujours un départ.
Parfois elle est une ouverture.
Un espace intérieur qui s'élargit
Telle une fenêtre qu'on entrouvre pour laisser entrer un peu d'air.

Je ne marche plus 
Mais je contemple. 
Et dans cette contemplation 
Je me sens vivante.


Dans l'immobile 
Je voyage dans ce qui s'offre 
Et j'y découvre 
Un mouvement insoupçonné.










Commentaires

  1. ;-) une autre façon de prendre la vie...... amitiés, jill

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  2. Comme il est bon et apaisant de contempler l'eau sur ce banc.
    J'y suis par la pensée...
    Evasion immobile...
    Bon samedi chère Marie Sylvie
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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  3. Je suis toujours extrêmement touchée par ce que je lis chez toi et qui nous dit tant de toi entre tes lignes. Bisous chère Marie-Sylvie

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  4. Bravo Marie Sylvie, excellente façon de gérer cette immobilité.
    Bises et bon samedi. Zaza

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  5. Bonsoir Marie-Sylvie. Belle broderie, pleine de sagesse, autour de ce banc sur lequel tu ne peux plus t'asseoir. Bonne soirée

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