LES LETTRINES DE GINI BARRIS
CONSIGNE D'ÉCRITURE AEV 2526 -16
À PARTIR DU VINYLE DU GROUPE
ÉCRIRE UN TEXTE
COMMENÇANT PAR LA LETTRINE CHOISIE
INSPIRÉ PAR SA REPRÉSENTATION
ET INTÉGRANT UN DES TITRES DE L'ALBUM ÉGALEMENT CHOISI
On ne devient lumière
qu'en traversant la nuit qui nous habite ...
Montant vers les hauteurs,
Drapé de noir
Magnor avait le visage fermé
Telle une porte que l'on a trop longtemps claquée.
Sous lui le cheval blanc avançait
Avec une raideur presque douloureuse
Comme si la bête portait elle aussi le fardeau de ce prince
Que son peuple ne reconnaissait plus.
La nuit vaste et silencieuse
Semblait absorber chaque pas
Chaque souffle
Chaque regret.
Il ne fuyait pas.
Il s'exilait.
Depuis des mois
Les regards se détournaient de lui.
On murmurait qu'il avait perdu le cœur
Qu'il ne voyait plus les hommes
Mais seulement les fautes.
Magnor avait gouverné comme on brandit une épée :
Droit
Froid
Tranchant.
Et maintenant il gravissait Le Grand Sommet
Pour accomplir l'épreuve que nul ne pouvait faire à sa place.
Le chemin était rude.
Les pierres coupaient
Le vent giflait
La montagne ne pardonnait rien.
Mais plus il montait plus quelque chose en lui se fissurait
Non pas de douleur
Mais d'ouverture.
À mi-parcours il s'arrêta.
Le cheval blanc tremblait.
Magnor posa une main sur son encolure
Et d'un geste simple
Il sentit tout ce qu'il n'avait jamais voulu voir :
Sa dureté
Sa peur
Son orgueil
Sa solitude.
Le cheval
Miroir silencieux
Reflétait son âme.
Alors il comprit.
Ce n'était pas la montagne qu'il devait affronter.
C'était lui-même.
Il continua à pied.
Le manteau noir s'alourdissait à chaque pas
Comme si la nuit refusait de le laisser partir.
Mais Magnor avançait
Porté par une volonté nouvelle
Fragile mais vraie.
Au sommet l'aube l'attendait.
Elle ne se leva pas d'un coup.
Elle naquit en lui.
Une chaleur douce
Un souffle clair
Une lumière qui ne venait ni du ciel ni de la terre
Mais de cet espace intérieur qu'il n'avait jamais osé ouvrir.
Le manteau noir glissa des épaules.
Le cheval blanc apaisé s'éloigna sans bruit
Telle une ombre que l'on remercie.
Lorsque Magnor redescendit
Il n'était plus vêtu de nuit.
Ses cheveux éclaircis par la lumière
Prenaient des reflets blonds.
Son visage s'était adouci.
Et un cheval marron
Robuste et vivant
L'attendait comme un compagnon choisi
Non imposé.
Il enfourcha la monture.
La montagne derrière lui ne pesait plus.
Le chemin devant lui ne faisait plus peur.
Il n'était plus le prince que son peuple craignait.
Il devenait qu'il pourrait aimé.
Dans son silence immobile
Scella sa métamorphose.
Le sommet n'est jamais un lieu
C'est l'instant où l'on se rencontre enfin.
MARIE SYLVIE



Une magnifique dissociation à l'ombre du M (aime) ! Bravo vraiment !
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