LE SANG QU'ON NE VOIT PAS








La pleine lune.
Le silence s'épaissit.
Quelqu'un quelque part ne verra jamais l'aube.
À chaque pleine lune, une histoire sanglante s'éveille ...











Il frappe sans crier.
Il dit la vérité sans la montrer.
Il porte à la fois la douleur, 
la dignité et l'invisible.

Et il laisse la pleine lune faire son travail ...





Elle entrait chaque matin 
comme on entre dans une arène invisible
déjà marquée par les jours précédents.
Divorcée.
Ruinée par une liquidation judiciaire 
qui avait laissé en elle 
des cicatrices plus profondes que des chiffres sur un papier.
Et pour tenir
une dose de stimulant qui battait dans ses veines comme un tambour de survie.

L' entreprise de nettoyage l'avait happée sans un mot
comme une bête affamée reconnaît une proie facile.
On l'avait embauchée à temps partiel 
mais très vite son sang avait payé pour deux temps complets.
Chaque tâche absorbait un peu d'elle 
comme si les murs
les sols
les vitres buvaient sa force goutte après goutte.

Sous la pleine lune
son corps devenait un territoire rouge.
Les reins tiraillés.
Les mains abrasées.
Les muscles tendus jusqu'à la brûlure.
Elle avançait pourtant
avec cette obstination silencieuses des femmes
que l'on croit brisées 
alors qu'elles ne font que saigner autrement.

On la voyait passer
légère
presque transparente.
Personne ne savait que sous sa peau 
la fatigue circulait comme un fleuve sombre.
Personne ne voyait que chaque geste arrachait un peu de sa lumière 
comme si la lune elle-même venait prélever son tribut.

Elle nettoyait les traces des autres 
pendant que les siennes s'accumulaient en elle 
invisibles mais brûlantes.
Une chronique de sang intérieur
de sacrifices muets
de nuits où la lune semblait trop blanche
trop lucide
trop témoin
car sous cette clarté cruelle
elle sentait :
Tout ce qu'elle avait donné.
Tout ce qu'on lui avait pris .
Tout ce qu'elle avait laissé couler pour tenir debout.

Et pourtant elle continuait.
Non par docilité 
mais par une force ancienne
presque animal
qui refusait de disparaître.
Une force qui
à chaque pleine lune
se rappelait à elle comme une pulsation rouge :

《 Tu n'es pas effacée.
Tu n'es pas interchangeable.
Tu es celle qui survit ...
Même lorsque tout saigne en silence.》











Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, ces choses qu'on ne voit pas, cachées en elles, ces personnes blessées par la vie.... Ici bien du courage ! Merci, amitiés, jill

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  2. Oui ce sang, ces blessures qu'on ne voit pas...
    Bon mardi chère Marie Sylvie
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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