LE PLAMOTTEMENT DU MONDE




MIL ET UNE ... ENCORE 


SUJET  # 173

11 MOTS OBSOLÈTES POUR UN TEXTE


Liste des mots et leurs définitions

Petite fossette qui apparaît dans la joue lorsqu’on sourit.  
Doux, bienveillant, d’un caractère paisible.   TANCER : 
Réprimander, faire des reproches.  
 GUÉNUCHE 
Petite chose fragile, misérable, un être ou un objet chétif.  
Mauvaise offre, proposition injuste ou désavantageuse.  
 PATARAFE
Papier froissé, brouillon mal écrit, écrit négligé.  
 MESSÉANCE : 
Comportement inconvenant, contraire aux bonnes manières.  
 PLAMOTER
Bavarder légèrement, bruire ou frémir doucement.  
Tissu grossier, solide, un peu rêche.  
Tromper par des paroles flatteuses, embobiner.  
 BACHELETTE : 
Jeune fille ou jeune femme non mariée.








Il y avait au bord du matin
Un gélasin qui fendait l’ombre 
Telle une promesse.  
Je marchais sans hâte 
Dans une humeur débonnaire 
Laissant le monde plamoter autour de moi
Car oui l’aube parfois plamotte.
Elle bavarde en lumière
Elle hésite
Elle papillonne.

Sur le chemin une bachelette 
Ni tout à fait jeune
Ni tout à fait vieille
M’arrêta d’un geste doux.  
Elle tenait entre ses doigts une patarafe
Un papier froissé
Griffonné d’une écriture qui semblait vouloir fuir sa propre encre.  
« Ne te laisse pas embabouiner par les jours trop pressés » me dit-elle.  
Sa voix avait la texture d’une pétoffe
Un tissu solide
Un peu rêche mais réconfortant.

Je repris ma route
Son avertissement battant dans ma poitrine
Car je savais combien le monde aime tancer 
Ceux qui s’attardent
Ceux qui rêvent
Ceux qui s’écartent des lignes droites.  

Et pourtant quelle messéance ce serait de vivre
Sans lenteur
Sans ces pauses où l’on écoute son propre souffle 
Tel un animal timide.

Plus loin un marchand criait ses prix
Mais ses mots sonnaient faux
Presque cruels.  
Une malenchère vibrait dans l’air
Une offre injuste
Une valeur dévoyée.  
Je passai mon chemin
Refusant de troquer mon calme contre ses cris.

Au détour d’un sentier
Je tombai sur une guénuche 
Une petite chose fragile
Un être ou un objet
Nul ne sait vraiment
Mais qui semblait réclamer un peu d’attention.  
Je la ramassai
La posai dans ma paume.  
Elle tremblait comme si le monde entier lui pesait dessus.  
Alors je lui offris mon gélasin
Ce sourire premier
Celui qui ne coûte rien et qui pourtant répare.

Et dans ce geste minuscule
Je compris que certaines présences
Même infimes
Attendent seulement qu’on les accueille pour reprendre vie.  
Elles dorment.  
Elles veillent.  
Elles se glissent dans nos pas dès qu’on leur ouvre un passage.

Ainsi va la vie : 
Une patarafe froissée qu’on déplie chaque matin
Une guénuche qu’on protège
Une pétoffe qu’on tisse
Une messéance qu’on refuse
Un gélasin qu’on offre
Et l’infime plamottement du monde qui recommence.

MARIE SYLVIE




L'ÉCHO DE LA PLUME PAR MARIE SYLVIE

Commentaires

  1. Coucou Marie Sylvie.
    Bravo, c'est bien joué en plaçant dans le bon ordre tous ces mots.
    Bises et bon samedi. Zaza

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  2. Eh oui Marie-Sylvie ainsi va, au fil des jours, bonne journée, amitiés, jill

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  3. Magnifique ! Les mots imposés dans l'ordre sans que vraiment on le ressente
    Bravo...

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  4. les mots sont bien placés le résultat est séduisant

    FA

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  5. Magnifique texte, les mots sont parfaitement placés avec une strophe-chute très intéressante.
    BRAVO, bisous, Emma-mfm.

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