LE PLAISIR CONQUIS
Ce proverbe porte déjà en lui une tension magnifique :
Le plaisir donné, reçu presque passivement, finit par s'éroder ...
tandis que celui que l'on conquiert,
que l'on arrache au monde ou à soi-même, brûle plus longtemps.
Il est riche presque initiatique.
Il dit quelque chose de très profond sur la nature humaine.
Le plaisir reçu s'épuise vite.
Lorsque quelque chose nous est donné sans effort, il nous touche ... mais brièvement.
Il n'a pas de racines.
Il ne porte pas la trace de notre histoire,
de notre lutte,
de notre désir.
Il glisse comme un cadeau trop facile.
Ce qui vient sans engagement s'oublie vite.
Le plaisir conquis porte la marque du chemin.
Ce que l'on gagne par soi-même,
par patience,
par travail,
par courage,
par persévérance,
devient un plaisir durable.
Il est chargé de sens,
de mémoire,
La valeur d'une joie dépend souvent de l'énergie que l'on y a mise.
Sans résistance, il n'y a pas de victoire.
Sans manque, il n'y a pas de désir.
Sans chemin, il n'y a pas de destination.
L'effort n'est pas un obstacle au plaisir,
il en est la condition secrète.
L'homme cherche moins le confort que la croissance.
Ce proverbe dit quelque chose de très humain :
Nous ne sommes pas faits pour la facilité
Mais pour l'élan
Pour la conquête intérieure
Pour la transformation.
Ce qui nous nourrit vraiment,
ce n'est pas ce que l'on reçoit
mais ce que l'on devient en allant le chercher.
Le plaisir conquis est un acte de liberté.
Recevoir c'est être dépendant.
Conquérir c'est se choisir soi-même.
C'est affirmer sa volonté,
sa direction,
sa lumière.
Le plaisir conquis est un plaisir libre.
LE PLAISIR CONQUIS
Le plaisir offert s'efface
Telle un fruit trop mûr
Oublié sur la table.
Il glisse des mains
Sans lutte
Sans mémoire.
Mais celui que l'on gagne
Grain après grain
Contre la fatigue
Contre la peur
Contre soi parfois.
Celui-là s'enracine.
Il porte la trace du chemin
La brûlure du vent
La lenteur du pas.
Le plaisir conquis n'est jamais un don.
C'est une braise que l'on protège
Une victoire minuscule
Qui éclaire tout le reste.
Et l'homme
Fatigué du facile
Se tourne vers cette flamme
Qu'il a lui-même allumée.




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