LA PIOCHE DE SAPHIR DANS LA SCIOGRAPHIE
LE MOT MYSTÈRE # 35
TIRAGE N° 35
11 LETTRES - NOM FÉMININ
A E I I O G C R S H P
DÉFINITION
▪︎ En architecture, c'est un dessin géométrique représentant la coupe, la vue intérieure d'un édifice.
LES ÉPICES
ÉCRIRE UN TEXTE EN RAPPORT AVEC LE MOT MYSTÈRE
ET EN Y INTÉGRANT UN DOUZAINE DE SES ANAGRAMMES Y COMPRIS LES ÉPICES
LA PIOCHE DE SAPHIR DANS LA SCIOGRAPHIE
Il y a des jours où l'on marche dans sa propre ombre comme dans un couloir ancien.
Une sciographie intime,
tracée par une lumière qui ne vient de nulle part et pourtant éclaire tout.
C'est dans cet espace suspendu que commence l'histoire ... ou plutôt la dérive d'une femme qui avance avec dans sa poche,
une petite pioche de rien du tout.
Une pioche symbolique,
minuscule,
presque enfantine mais assez solide pour entamer la paroi des jours aigri.
Elle l'appelle sa pioche de clarté.
Elle s'en sert pour creuser dans les zones d'ombre,
là où les graphies du monde se superposent comme des copiages maladroits,
des palimpsestes de vie que l'on a trop frottées,
trop corrigées,
trop reprises.
Elle sait que les ombres ne mentent pas :
Elles disent ce que la lumière oublie.
Un matin alors qu'elle longeait un mur d'un ancien hospice,
un bâtiment aux fenêtres closes qui sentait encore les cigares froids et les cirages oubliés,
elle aperçut une silhouette.
Une chipie de lumière,
une petite insolente qui dansait sur la façade comme si elle se moquait du sérieux des pierres.
Elle ressemblait à un éclat de saphir,
vif,
presque bleu,
un fragment de ciel tombé là par mégarde.
La femme s'arrêta.
Elle sentit que la chipie lumineuse n'était pas un hasard.
Les ombres elle le savait
ne se déplacent jamais seules :
Elles portent toujours un message,
un murmure,
une invitation.
Alors elle sortit sa pioche de poche.
Elle la posa contre le mur,
juste à l'endroit où l'ombre vibrait.
Et elle creusa,
non pas la pierre
mais l'espace entre la pierre et elle-même.
Une interstice.
Un souffle.
Un passage.
À mesure qu'elle avançait,
les graphies du mur se transformaient.
Les lignes gravées par le temps devenaient des chemins,
les fissures des phrases,
les taches des souvenirs.
Elle comprit que l'hospice n'était pas un lieu de fin mais un lieu de dépôt :
Un endroit où les ombres venaient se reposer avant de reprendre leur route.
Plus elle creusait plus les copiages du passé se détachaient d'elle.
Les gestes répétés,
les phrases apprises,
les colères aigries,
les habitudes qui l'avaient tenue immobile.
Tout cela tombait en poussière
comme si la sciographie intérieure réécrivait sa propre géographie.
Et soudain derrière la paroi d'ombre,
elle trouva une salle.
Une salle sans mur,
sans plafond,
sans sol.
Un espace de respiration pure.
Là les ombres n'étaient plus des silhouettes mais des compagnonnes.
Elles avançaient avec elle,
non pour la retenir
mais pour lui rappeler que l'on ne marche jamais seule dans sa propre nuit.
Au centre de cet espace flottait un saphir.
Un saphir sans poids,
sans éclat agressif,
juste une présence bleue,
douce,
presque liquide.
Elle comprit alors que ce saphir était la source de la chipie lumineuse aperçue sur le mur.
Une invitation à entrer dans sa propre profondeur.
Elle tendit la main.
Le saphir se posa dans sa paume comme une goutte de temps.
Et dans cette goutte elle vit toutes les sciographies qu'elle avait traversées :
Les ombres portées par les autres
Les ombres qu'elle avait copiées sans le savoir et celles qu'elle avait apprivoisées.
Elle comprit que la sciographie n'était pas l'art de dessiner les ombres mais l'art
de les écouter,
de les laisser parler,
de les laisser guider.
Lorsqu'elle sortit de l'hospice la lumière avait changé.
Elle n'était ni plus forte ni plus douce :
Elle était plus juste.
Elle portait en elle la mémoire des ombres traversées.
La femme rangea la pioche dans sa poche.
Elle savait qu'elle en aurait encore besoin ... non pour briser mais pour ouvrir.
Pour créer des passages.
Pour continuer à creuser dans la matière du monde,
là où les ombres racontent ce que la lumière tait.
Et tandis qu'elle s'éloignait,
la chipie lumineuse la suivit un instant comme un clin d'œil.
Puis elle disparut, laissant derrière elle une trace de saphir dans l'air.
La femme sourit.
Elle avait compris :
La sciographie n'est pas un art de l'ombre
mais un art de la présence.



Superbe ton mot mystère, bravo, amitiés, jill
RépondreSupprimerCoucou Marie Sylvie.
RépondreSupprimerJ' ai adoré lire ta cerise sur le gâteau. Bravo
Bises et bon début de semaine. Zaza