LA JONCTION DES DEGRÉS
Pendant vingt ans mon appartement est resté figé dans une saison qui n’en finissait pas.
Un Hiver sans neige
Sans beauté
Juste un froid têtu qui s’infiltrait partout :
Dans les murs
Dans les draps
Dans les objets
Dans mon souffle.
Les électroménagers rendaient l’âme un par un
Rongés par l’humidité.
Le linge refusait de sécher comme si le temps lui-même s’était arrêté.
Je vivais dans une sorte de brouillard glacé
Un entre-deux où rien n’avançait
Où même mon corps semblait se recroqueviller pour tenir.
Alors j’ai bricolé
Compensé
Résisté.
Des couvertures
Des radiateurs électriques
Des factures qui grimpaient comme des falaises.
Et toujours ce froid obstiné qui gagnait.
Puis un jour j’ai décidé de changer la donne.
Un geste simple
Presque banal :
Allumer un poêle à pétrole.
Mais ce geste-là a ouvert une brèche
Un passage
Une jonction.
En trois heures l’air a basculé.
Le thermomètre a bondi de 15° à 25°
Comme si quelqu’un avait soudain rallumé la vie dans la pièce.
Les murs sont encore humides oui.
Ils mettront des mois à sécher
À se défaire de cette mémoire d’eau.
Mais moi
J’ai senti immédiatement la différence :
Mon souffle s’est déplié
Mes épaules se sont abaissées
Mon corps a dit enfin.
C’était une jonction.
Une vraie.
Le point précis où le froid cesse d’être une fatalité
Et où la chaleur recommence à écrire son territoire.
Une jonction entre survie et confort
Entre résistance et repos
Entre un Hiver de vingt ans
Et un Printemps qui enfin ose entrer.
Entre le froid qui rongeait mes murs
Et la chaleur qui recommence à battre
J'ai trouvé une jonction :
Un seuil où mon corps respire
Où mon appartement cesse d'être un combat
Où la vie revient par degrés.




Tes mots Marie Sylvie me bouleversent !!Cela me donne le ressenti d'un être qui se réveille d'un coma de 20 ans !!!
RépondreSupprimerQue cet éveil dure et dure alors...
effectivement on a l'impression qu'un être qui réapparait après une grande absence...``
RépondreSupprimerFA