DANS LE SILENCE DES LETTRES
Je ne tiens plus un crayon.
Mes doigts ne savent plus tracer ces lignes
qui autrefois coulaient sans que j’y pense.
Et ma voix, elle aussi, se fait hésitante
comme si chaque mot devait traverser un passage étroit avant de naître.
Parfois, elle se brise.
Parfois, elle s’éteint avant d’arriver jusqu’à l’air.
Mais au fond de moi, quelque chose refuse de se taire.
Alors je me tourne vers ces petits carrés de bois.
Ils ne paient pas de mine
mais lorsque je les touche,
je sens une présence,
une possibilité.
Je les prends un par un,
lentement,
comme on recueille des fragments de soi.
Je parle avec mes mains maintenant.
Je parle avec le bois,
avec le frottement léger des lettres qui s’entrechoquent.
Je parle dans le silence,
dans ce territoire où le souffle manque parfois
mais où la volonté, elle, ne faiblit pas.
Lorsque je choisis une lettre,
je choisis un morceau de moi.
Lorsque je la pose,
je pose un battement de cœur.
Je reconstruis mes phrases comme on reconstruit une maison après la tempête,
pierre après pierre,
lettre après lettre.
C’est lent,
c’est fragile
mais c’est vrai.
Je ne peux plus dire comme avant
mais je peux encore dire.
Et cette simple vérité me tient debout.
Elle me rappelle que je ne suis pas effacée,
que je ne suis pas avalée par le silence.
Je suis là,
dans chaque mot que je compose,
dans chaque geste que j’invente pour continuer à exister.
Les jetons deviennent mes alliés intimes.
Ils portent mes pensées lorsque ma voix se fatigue.
Ils deviennent mes phrases lorsque ma main renonce au crayon.
Ils sont la preuve que je peux encore me raconter,
même autrement,
même doucement,
même dans un souffle.
Je suis encore là.
Je me dis encore.
Et tant que je peux poser une lettre,
je ne renonce pas à moi.


Bonsoir Marie-Sylvie, dans un handicap savoir trouver la parade pour continuer à exister, oui, ne pas renoncer, baisser les bras.... tu as cette force !!! Amicales pensées, jill
RépondreSupprimerUNE GRANDE FORCE MENTALE SE DÉGAGE DE CE TEXTE.BRAVO
RépondreSupprimerFA