LORSQUE LES CHAÎNES SE DÉFONT DANS LA LUMIÈRE
Ferme doucement les yeux.
Laisse le monde extérieur s'éloigner
Tel un rivage que l'on quitte au petit matin.
Respire.
Respire encore
Comme si chaque souffle était une rame qui t'éloigne de l'obscurité
Et te rapproche d'une terre nouvelle.
Dans ce silence qui s'ouvre
Imagine un espace vaste
Sans murs
Sans frontières.
Un espace où l'air circule librement
Où la lumière ne rencontre aucun obstacle.
Cet espace c'est celui de la dignitié humaine
Celui qui existe depuis toujours
Même lorsque les hommes l'ont oublié.
Dans cet espace une silhouette apparaît .
Elle n'a pas de nom
Pas de visage précis.
Elle porte en elle toutes les voix qui ont été réduites au silence
Tous les corps qui ont été contraints
Toutes les vies qui ont été marchandées.
Elle avance lentement
Avec une fatigue anciennce
Mais aussi avec une force qui ne s'est jamais éteinte.
Observe-là.
Elle marche pieds nus sur une terre qui a gardé la mémoire des chaînes.
Mais à chaque pas quelque chose change :
Le sol devient plus souple
Plus clair
Comme si la terre elle-même voulait effacer les traces de l'oppression.
La silhouette s'arrête.
Elle lève les mains.
Autour de ses poignets des anneaux de fer se desserrent.
Ils ne tombent pas d'un coup :
Ils se défont comme se défont les illusions
Lentement
Patiemment
Dans un mouvement presque imperceptible.
Ce n'est pas une rupture violente.
C'est une dissolution.
Une désagrégation de ce qui n'aurait jamais dû exister.
Respire encore.
Laisse cette image entrer en toi
Car l'abolition n'est pas seulement un acte politique
Un decret
Une date dans un livre.
C'est un souffle.
Un souffle qui traverse les siècles
Qui traverse les corps
Qui traverse même ceux qui n'ont jamais été enchaînés.
Un souffle qui dit :
《 Aucun être humain ne peut posséder un autre être humain.》
Un souffle qui dit :
《 La liberté n'est pas un privilège mais une naissance.》
Dans ta respiration sens ce souffle circuler.
Il vient de loin
De très loin.
Il porte les chants murmurés dans la nuit
Les résistances silencieuses
Les rêves tenaces qui ont survécu à l'indicible.
Il porte aussi les mains qui ont signé l'abolition
Les voix qui ont plaidé
Les consciences qui se sont éveillées.
Ce souffle te traverse.
Il te rappelle que la liberté n'est jamais acquise une fois pour toutes.
Qu'elle doit être protégée
Nourrie
Honorée.
Qu'elle commence dans les gestes les plus simples :
Regarder l'autre comme un égal
Écouter sa voix
Reconnaître son humanité.
Maintenant imagine que la silhouette se redresse.
Elle inspire profondément comme si elle respirait pour la première fois.
Son dos se déploie.
Ses épaules s'ouvrent.
Son regard se lève vers un horizon neuf.
Autour d'elle d'autres silhouettes apparaissent.
Elles avancent elles aussi libérées de leurs entraves.
Certaines pleurent.
Certaines chantent.
Certaines restent silencieuses comme si la liberté était trop vaste pour être immédiatement comprise.
Et toi dans cette scène intérieure tu te tiens parmi elles.
Tu sens la chaleur de leur présence.
Tu sens la force de leur histoire.
Tu sens que leur libération te concerne
Même si ton corps n'a jamais porté les chaînes
Car l'abolition de l'esclavage n'est pas seulement un événement du passé :
C'est un appel à abolir toutes les formes de domination
Visibles ou invisibles
En soi et autour de soi.
Respire encore.
Laisse la lumière grandir.
Dans cette lumière les chaînes tombées se transforment.
Elles deviennent poussière.
Puis graines.
Puis herbes.
Puis fleurs.
Comme si la terre voulait rendre beauté pour douleur
Vie pour souffrance
Avenir pour passé.
Tu marches parmi ces fleurs.
Elles portent des noms que tu connais :
Dignité
Egalité
Fraternité
Justice.
Elles portent aussi des noms plus intimes :
Respect
Écoute
Présence
Humanité.
Tu avances.
Tu sens que quelque chose en toi s'ouvre
Se délie
Se libère.
Comme si cette méditation n'était pas seulement un hommage
Mais une invitation :
Celle de devenir
À ton échelle
Un lieu où aucune chaîne ne peut se refermer.
Lorsque tu seras prêt
Respire une dernière fois profondément.
Ramène doucement ton attention vers le monde réel.
Mais garde en toi cette lumière
Cette marche
Ce souffle.
Garde en toi la certitude que la liberté est un mouvement vivant
Un mouvement qui continue de se transmettre
De se renouveler
De se réinventer.
Et que
Dans chaque geste de respect
Dans chaque regard de reconnaissance
Dans chaque parole qui s'élève plutôt qu'elle n'abaisse
Tu participes encore
Aujourd'hui
À l'abolition de ce qui opprime.


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