LE PETIT PORTEUR DE SAISONS






 L'Hiver avait posé son règne sur la forêt.
Un règne silencieux
Sans colère
Sans indulgence.
La neige recouvrait tout d'un même manteau :
Les branches nues
Les souches oubliées
Les traces de pas effacées presqu'aussitôt qu'elles apparaissaient.
Rien n'était épargé
Ni les bêtes 
Ni les hommes 
Ni les rêves.

Au milieu de cette blancheur
Un écureuil avançait 
La queue dressée comme un étendard de chaleur dans un monde glacé.
Entre ses pattes il tenait une noix ...
Une seule
Mais c'était assez pour lui donner un but 
Une direction
Une raison de continuer.

Il n'était pas pressé.
Chaque pas était une négociation avec le froid
Chaque souffle un petit nuage qui s'envolait telle une prière.
Il savait que l'Hiver ne pardonne pas l'imprudence.
Il savait aussi que la vie
Parfois
Tient dans une coque dure qu'il faut apprendre à ouvrir.

Non loin dans une maison de bois
Un humain regardait par la fenêtre.
Lui, Lucien, aussi affrontait l'Hiver 
Mais d'une autre manière :
Réveils trop tôt
Journées trop longues
Obligations qui ne dorment jamais.
Il enviait parfois les animaux qui disparaissaient sous la terre 
Pour attendre des jours meilleurs.
Mais lui n'avait pas ce luxe.
Il devait continuer
Coûte que coûte 
Avec son manteau trop fin et ses pensées trop lourdes.

Lorsque aperçut l'écureuil 
Il resta immobile.
Il y avait dans cette petite silhouette une leçon qu'il n'avait pas encore comprise.
L'écureuil ne se plaignait pas.
Il ne maudissait pas la neige 
Ni le vent 
Ni la dureté de la noix.
Il avançait simplement 
Avec ce qu'il avait 
Vers un endroit qu'il connaissait 
Un refuge qu'il avait préparé avant que le froid ne s'installe.

Lucien sentit quelque chose se dénouer en lui.
Peut-être que la vie n'était pas une lutte héroïque
Mais une suite de petits gestes obstinés.
Peut-être que chacun portait sa propre noix 
Un projet
Un souvenir
Une chaleur intérieure
Et que le secret était de ne jamais la lâcher 
Même lorsque tout autour semble figé.

Dehors l'écureuil disparut derrière un tronc.
Dedans l'homme se détourna de la fenêtre.
Il avait encore du chemin à faire lui aussi.
Mais pour la première fois depuis longtemps
Il sentit que ce chemin avait un sens.








 L'ÉCHO DE LA PLUME PAR MARIE SYLVIE

Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, oui une suite de petits gestes obstinés qu'importe les circonstances, ne pas lâcher prise ;-) merci, amitiés, jill

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  2. Coucou Marie Sylvie.
    Une très belle histoire et une superbe leçon de vie que donne ce petit écureuil à Lucien
    Bises et bon vendredi. Zaza

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