LE JOUR OÙ LES HUMAINS OUBLIÈRENT LE SEXE
# 908
Un truc grec ?
LE JOUR OÙ
LES HUMAINS OUBLIÈRENT LE SEXE
On raconte qu'il fut un temps où les humains vivaient dans des corps lourds
Traversés de besoins
De désirs
De peurs.
Ils portaient leur sexe comme un secret et une blessure
Comme une promesse et un danger.
Le monde tournait autour de cette énigme minuscule
Et pourtant si puissante
Qui décidait des lois
Des guerres
Des hontes et des orgueils.
Puis un matin
Personne ne sait comment
Ni pourquoi
Quelque chose changea.
Ce fut d'abord imperceptible.
Un souffle dans l'air.
Une légèreté nouvelle dans les gestes.
Comme si la gravité avait relaché son emprise.
Les humains se réveillèrent dans des corps
Plus simples
Plus doux
Plus transparents.
Le sexe avait disparu.
Non arraché
Non effacé
Simplement ... oublié.
Comme un mot que l'on ne prononce plus
Et qui finit par perdre son sens.
Les premiers instants furent silencieux.
On se regardait avec étonnement
Mais sans panique.
Il y avait dans l'air une paix étrange
Une évidence.
Comme si l'humanité avait enfin posé un fardeau
Qu'elle portait depuis trop longtemps.
Les médecins fermèrent leurs cabinets.
Les tribunaux restèrent vides.
Les vieilles disputes s'éteignirent d'elles-mêmes
Faute de carburant.
Les corps n'étaient plus des territoires
Mais des paysages.
On ne les comparait plus.
On les habitait.
C'est alors que Hétaïre apparut.
On dit qu'elle sortie d'une statue
Un soir où la lune était si pleine
Qu'elle semblait vouloir descendre toucher la terre.
Elle marcha hors du marbre comme on sort d'un rêve
L'enfant à ses pieds marchait à ses côtés
Libre de toute attente.
Elle n'était plus l' Hétaïre des anciens écrits ...
Ni amante
Ni muse
Ni objet du désir.
Elle était devenue une passeuse.
Une guide.
Une gardienne de douceur.
Elle enseigna aux humains à respirer autrement.
À écouter la peau comme on écoute une rivière.
À se toucher sans hésitation
Juste pour sentir la présence.
À aimer sans posséder
Sans conquérir
Sans craindre.
Les enfants désormais naissaient dans les fleurs.
Les corolles s'ouvraient au petit matin et un souffle chaud en sortait
Portant un nouveau visage.
Les parents n'étaient des géniteurs
Mais des accueillants.
Ils accueillaient l'enfant comme on cueille une lumière.
Le monde devint plus lent
Plus attentif.
Les discriminations tombèrent comme des feuilles mortes.
On ne parlait plus de genre
De rôle,
De place.
Chacun avançait selon son rythme
Dans un corps qui n'était plus une frontière
Mais un passage.
On raconte que Hétaïre un soir retourna au marbre.
Non pas par tristesse
Mais par accomplissement.
Elle avait montré le chemin.
Elle n'avait plus besoin de marcher parmi les vivants.
Depuis dit-on
Si l'on pose la main sur la statue
On sent un battement.
Très léger
Comme un cœur qui continue de veiller.
Et parfois dans le vent
On croit entendre sa voix :
《 Soyez simples
Soyez égaux .
Soyez lumière.
Le reste n'a jamais été nécessaire.》




Bonjour Marie-Sylvie, j'apprends pour Hétaïre, beau texte, merci, amitiés, jill
RépondreSupprimer