À L'ENDROIT OÙ L'ON REGARDE
《 À LA BOUCHERIE TOUTES LES VACHES SONT DES BŒUFS
À LA TANNERIE TOUS LES BŒUFS SONT DES VACHES 》
Ce proverbe est un petit bijou de relativité, de regard qui se renverse selon l'endroit où l'on se tient.
Il porte en lui une sagesse douce-amère presque malicieuse.
Il a l'air simple presque rustique mais il porte une sagesse d'une finesse redoutable.
Il dit quelque chose de très humain, très universel et même très contemporain.
L'enseignement essentiel :
Tout dépend du regard qui classe, pas de l'être que l'on regarde.
À la boucherie, les vaches deviennent des bœufs.
À la tannerie, les bœufs redeviennent des vaches.
Autrement dit, selon l'endroit où l'on se trouve, selon l'usage que l'on veut faire d'un être, on le renomme, on le requalifie, on le transforme.
Ce n'est pas la nature qui change,
C'est l'intérêt,
C'est la fonction,
C'est le point de vue.
Ce que l'on dit de quelqu'un dépend souvent plus de celui qui parle que de celui dont on parle.
Ce proverbe nous invite à nous méfier des étiquettes, des catégories, des jugements rapides.
On classe les êtres selon ce qu'ils nous apportent.
On les nomme en fonction de ce que l'on veut en faire.
Le proverbe dévoile cette tendance humaine à réduire l'autre à son utilité.
La vache reste vache, le bœuf reste bœuf, malgré les mots qu'on leur colle.
De même qu'une personne reste elle-même malgré les rôles qu'on lui impose.
Une sagesse sur l'identité :
Ne pas se laisser définir par les lieux où l'on passe.
Nous changeons de nom, de rôle, de statut selon les contextes.
Mais notre nature profonde ne se laisse pas facilement remodeler.
À L'ENDROIT OÙ L'ON REGARDE
Dans l'odeur lourde des étals
Les vaches perdent leurs noms.
Elles deviennent bœufs
Par simple changement de lumière
Comme si un seuil suffisait à réecrire une vie.
Plus loin, dans l'ombre des peaux tendues,
Les bœufs reprennent des courbes de vaches.
On les renomme.
On les réinvente.
On les plie au métier qui les attend.
Ainsi vont les êtres que l'on transforme
Selon l'usage
Selon les besoins
Selon l'œil qui juge.
Et nous-même, parfois,
Ne sommes-nous pas vaches ou bœufs
Selon la porte que nous franchissons
Selon la main qui nous désigne
Selon le nom qui nous façonne à son avantage.
Mais au-delà des ateliers et des mots
Il reste une vérité têtue :
Nul ne change vraiment de nature
Seul change le regard qui prétend nous définir.




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