LORSQUE L'HIVER FERME LA PORTE


















Ce matin-là, l'enfant s'était installé sur le banc comme une petite grenouille, les jambes repliées sous lui, les mains posées sur le bois tiède.
Il ne bougeait presque pas.
Son bonnet de laine glissait un peu sur son front mais il ne songeait pas à le détacher.
Toute son attention était tournée vers la fenêtre, vers ce dehors qu'il ne pouvait rejoindre.

La météo, véritable criminelle de saison, avait condamné le jardin à l'inactivité.
La neige tombée dans la nuit avait tout recouvert d'un manteau épais, et le vent encore vif, s'ébrouait contre les vitres comme un animal impatient.
Ni le chat ni l'enfant n'avaient le droit de sortir.
La porte d'entrée verrouillée par prudence  semblait dire : " Pas aujourd'hui".

Le chat, installé sur la table, observait la scène avec une sagesse ancienne.
Sa queue battait doucement comme pour marquer le rythme d'un temps intérieur.
Par moment, il tournait la tête vers l'enfant puis vers la fenêtre puis de nouveau vers l'enfant comme s'il cherchait à comprendre ce qui les retenait tous deux dans cette attente silencieuse.
Il ne miaulait pas.
Il savait que certaines journées demandent simplement d'être traversées.

Entre eux, le panier de rotin abritait une fleur rouge éclatante, presque trop vive pour ce matin d'Hiver.
Elle semblait veiller sur la pièce, gardienne d'un royaume minuscule.
L'enfant la regardait parfois comme pour vérifier qu'elle était toujours là, que quelque chose dans ce monde restait stable, chaud, vivant.

Dehors la neige continuait de tomber, réciproquement indifférente à leurs désirs.
Elle recouvrait les traces de la veille, effaçait les chemins, brouillait les repères.
L'enfant se demanda si les oiseaux avaient froid, si les arbres dormaient, si la grenouille du bassin, la vraie, celle qu'il avait vu cet Été, avait trouvé refuge.
Son esprit éclatait en petites questions, en images, en histoires qu'il ne racontait à personne.

Le chat, lui, semblait comprendre ses pensées sans qu'on les lui dise.
Il s'approcha du bord de la table, tendit la patte et la posa doucement sur l'épaule de l'enfant.
Un geste simple, presque des remerciements silencieux pour cette compagnie partagée.
L'enfant sourit sans se retourner.

Le temps passait lentement mais sans lourdeur.
L'enfant apprenait sans le savoir à intégrer l'immobilité, à laisser l'Hiver lui parler.
Il découvrait que l'on peut voyager sans bouger, que l'imaginaire s'ouvre parfois plus largement lorsque le monde extérieur se ferme.

Il se mit à raconter tout bas une histoire que lui seul entendait : celle d'une grenouille qui voulait traverser un lac gelé, d'un chat qui savait lire les traces sur la neige, d'un Hiver qui n'était pas un ennemi mais un maître patient.
Les mots venaient sans effort comme s'ils attendaient depuis longtemps d'être libérés.

Le chat, attentif, cligna des yeux.
La fleur rouge vibra légèrement dans la lumière.
La neige, dehors, poursuivit son œuvre.

Et dans cette maison où l'on croyait être enfermés, quelque chose s'ouvrit ... un passage, une respiration, une manière nouvelle de regarder le monde.








Commentaires

  1. Bonjour Marie-Sylvie, eh oui que faire quand l'extérieur vous est interdit pour cause de mauvais temps... voyage immobile ! ;-) Merci, pour ce conte, amitiés, jill

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  2. Une bien belle histoire avec des mots imposés bien placés. Bravo Marie Sylvie.
    Bises et bon mardi. Zaza

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  3. Quelle belle et tendre complicité entre cet enfant et ce chat dans le matin d'hiver !
    Et il neige dans ta jolie histoire
    Bon mardi chère Marie Sylvie
    Bien amicalement
    Béa kimcat

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  4. Bonsoir, Magnifique !
    Joyeux Noël ! Bisous lumineux 💕 Emma-mfm.

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  5. Bonsoir Marie-Sylvie. C'est une très jolie histoire, une belle incitation à patienter et s'adapter à la météo. Bonne soirée

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  6. je n'ai pas encore fait cet exercice,

    FA

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  7. Ohhhhh ! Je suis totalement sous le charme de ta si belle histoire Marie-Sylvie ! Merci de nous transporter dans ton monde par la magie de ta plume légère. Un instant, j'ai été cet enfant coincé dans la maison, devant la fenêtre avec son chat, à regarder la neige étendre son banc manteau.
    Belle et douce fin d'année à toi
    Bisous

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  8. Encore une belle histoire que tu m'offres là. Attendre et être patient. Merci Marie sylvie. Amitiés

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