UN MATIN SANS SAISON
ANAGRAMME # 12
THÈME :
FRIGIDAIRE
UN MATIN SANS SAISON
Il y a des jours où l'âme s'ouvre comme un frigidaire oublié, empli de souvenirs figés, de restes d'émotions trop longtemps conservées.
Le froid y est rigide presque frigide, et pourtant quelque chose palpite encore sous la couche de givre : un battement discret, une chaleur rare comme un fruit mûr dans un désert aride.
Je me tiens là, droite, raide, à la lisière de moi-même, tentant de diriger mes pensées comme on tente de dompter le vent.
Mais le vent n'obéit pas.
Il ricoche contre les parois de mon esprit, y soulève des poussières d'orgueil, des éclats d'amertume.
Une voix intérieure aigrie par les années me murmure que tout cela est vain.
Que la garde que je maintiens, cette armure d'indifférence, n'est qu'un leurre.
Que l'aigre goût de certaines blessures ne s'efface pas même sous les plus beaux silences.
Je pense à la girafe, haute et lente, qui voit le monde de là-haut, loin des tumultes.
Elle ne réagit pas aux cris de la savane .
Elle observe, elle endure.
Peut-être est-ce cela la sagesse :
Ne pas réagir du tout, ne pas se laisser radier de soi-même par les tempêtes extérieures.
Mais moi je vacille.
Je vacille entre le désir de m'élever et celui de m'effrondrer.
Entre la rigueur et l'abandon.
Entre le grade que l'on m'a assigné de femme forte, mère, amante, pilier et la vérité nue de mon cœur qui parfois ne veut plus garder, ne veut plus diriger, ne veut plus rien.
Et pourtant je garde.
Je garde en moi des éclats de lumière, des souvenirs d'enfance où le monde n'était pas si sévère, si égoïste.
Où les sourires étaient des oasis, où les larmes n'étaient pas encore salées d'amertume.
Je garde les regards tendres, les mains qui ont su me relever, les mots qui m'ont portée.
Il y a dans chaque être une rareté, une étincelle que rien ne peut éteindre.
Même pas le froid du frigidaire, même dans la rigueur du monde, même pas les blessures aigries.
Cette étincelle, je la cherche encore.
Elle se cache peut-être dans un mot, un souffle, dans une girafe qui passe au loin, indifférente et libre.
Alors je respire.
Je laisse tomber les armes, les grades, les attentes.
Je ne veux plus diriger, je veux danser.
Même si mes pas sont lourds, même si le sol est stérile.
Je veux réagir non plus par défense mais par présence.
Être là simplement.
Et peut-être un jour me sentir moins insensible au monde, moins amère de l'intérieur car il est une vérité que je conserve précieusement :
La douceur est une force rare
Et moi je choisis de la cultivier.
MARIE SYLVIE
L'ÉCHO DE LA PLUME PAR MARIE SYLVIE
https://mariesylvie.blogspot.com



Que c'est joliment exprimé... Avec cette girafe qui passe au loin...
RépondreSupprimerMe sentir moins insensible au monde... difficile... quand on voit toutes les horreurs, toute cette violence environnante...
Alors oui cultivons la douceur...
Bon mardi chère Marie Sylvie
Bien amicalement
Béa kimcat
la violence et la douceur deux mondes opposés .
RépondreSupprimerun texte aussi beau que poignant
FA
Ton texte est magnifique. Merci de m'emporter dans un autre univers avec tes mots. Amitiés.
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