L'ÉTERNITÉ VOLÉE
L'ÉTERNITÉ VOLÉE La pénombre de la chambre garde la chaleur du jour comme un secret trop longtemps retenu. Par l’entrebâillement des volets une fine lame de lumière dorée traverse le silence en striant le parquet où la poussière s'attarde en suspens. Au-dehors la rumeur du monde s'assourdit sous le poids de l'Été mais entre ces murs complices le temps s'est arrêté de couler : Il s'est épaissi devenant une matière lourde qui pèse sur sa poitrine à chaque inspiration. Attendre ainsi c'est apprendre à habiter un sanctuaire fait de ferveur et de menaces. Il n’est pas là et pourtant il remplit la pièce avec une violence tranquille. Il habite l'ombre du rideau Le grain du bois de la table Le reflet tremblant du miroir. Elle suspend son propre souffle pour mieux écouter Guette le grain de gravier qui crisse sous une semelle Le grincement d'une charnière au loin Le froissement imperceptible d'une étoffe effleurant le lierre du mur. Chaque batteme...